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2 janvier, 2022

Manuscrit Chamillart de La Suze

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Manuscrit Chamillart de La Suze

« Sommaire

de l’histoire universelle

auquel est déduitte l’histoire particulière de tous les

peuples du monde selon qu’on en peut avoir

cognoissance par les bons livres ».

      Le manuscrit anonyme intitulé Sommaire de l’histoire universelle… appartint à Louis-François Charles Chamillart, premier marquis de La Suze (1751 – 1833). Il est l’arrière petit-fils de Michel Chamillart ministre des finances de Louis XIV. Son blason gravé sur cuivre, Ecartelé, I et IV, à une levrette d’argent, colletée de gueules, le chef d’or, chargé de trois étoiles d’argent (Chamillart) ; II et III, fascé-nébulé d’argent et de gueules (Rochechouart) figure sur le premier contreplat de l’ouvrage. Par sa mère il se trouve être aussi le petit-fils de Germain-Louis Chauvelin (1685 – 1762), garde des sceaux de Louis XV. 

chamblason

Le manuscrit petit in-folio sur papier, relié en parchemin, possède 452 pages (plus deux pages de tables) ; il peut être daté du milieu du XVIIe siècle. Sa petite écriture régulière et apparemment soignée, mais en pattes de mouche, est difficile à lire. Il alterne les parties sans ratures ni ajouts en marge avec d’autres où de nombreux passages sont biffés, corrigés en marge ou entre les lignes, ce qui rend la lecture encore plus difficile. 

Ce manuscrit était-il destiné à être imprimé ou était-il la compilation personnelle d’un amateur érudit ou d’un professeur susceptible d’en utiliser la matière, très dense, pour des cours à l’usage d’étudiants ? Quoi qu’il en soit, l’ouvrage nous semble avoir demandé un énorme travail de recherche et de composition. Il est regrettable que nous ne puissions en connaître l’auteur. 

Nous présentons ici De l’ancienne Gaule, pp. 421 – 430. Il est suivi du petit chapitre Des Gaulois en Illirie et en Trace, pp. 249 – 250. Les mots entre crochets signifient une lecture vraisemblable. Les points de suspension entre crochets les mots encore  à déchiffrer. Les lettres ou les mots en italique sont des interventions de notre part.

De l’ancienne Gaule (p. 421)

Quoy que les Gaulois ayent remply toute la terre de leur nom et qu’il[s] s’i soyent fait admirer à toutes les nations du monde  par leur courage et adresse si n’ont-ils peu rencontrer dans les siècles passés un historien qui ait discouru soigneusement de leur origine de leur gouvernement, estat et actions.

 Que si quelqu’ un de ces fameux  écrivains d’entre lesquels les Romains ont parlé d’eux, ce n’a été que par rencontre, c’est que leurs actes leur ont donné occasion de faire que les histoires anciennes sont bien pleines de leur nom mais nulle ne contient leur histoire encor que négligence est cause que nous n’avons la plus grande partie des faicts avant que les Romains les ayent vaincus et qu’ils ne prirent conjectures et équivoques des anciens auteurs une histoire assés complète [de leur nation qu’il n’i en a point de plus parfaicte entre toutes les anciennes[1]]en lesquelles la généalogie de leurs princes, leurs actes généraux et leurs plus particuliers faits se trouvent aussi clairement marqués comme ont été ceux des Grecs et Romains et leur donnent une antiquité  si que celle qu’il fut encor que on sache que les lectres ne manque[nt] parmy les Celtes.

Or de tous ces discours nous ne prendrons que ce qu’il y a plus d’aparance ou pour mieux dire nous ne mettrons ici que les mensonges qui ont esté receux avec plus de consentement et de croyance et disons que le nom de Celte qui est le plus ancien nom des Gaulois est un nom si général qu’il s’estent sur tous les peuples qui habittent depuis la mer Major[2] jusques aux Alpes et en la mer Ibérique.

Les Grecs les ont aussi apellés Galathes mais leur plus commun nom est Gaulois dont l’étimologie ne se doit chercher dans l’hébrieu, grec ou latin mais dans la langue gauloise qui nous est maintenant incognue. Quant à leur gouvernement ancien sçavoir s’il estoit monarchique ou de plusieurs ou s’il estoit composé comme l’estat de l’empire où maintenant[3] plusieurs princes souverains sont parties d’un mesme corps qui est aussi souverain se tant est qu’on puisse mettre différence entre deux souverainetés nous n’en pouvons rien dire d’assuré y ayant maintenant quelque aparance qu’ils eurent plusieurs sortes de gouvernement dans les Gaules puis que nous oyons souvent parler de leurs assemblées générales de leurs princes, mesmes souvent de leurs

/422/ démocraties comme aussi des nations entières qui dominoyent sur les autres, des rois électifs, des héréditaires, des autres qui changeoyent avec la volonté des peuples.

Mais toutes ces choses ne touchant que soit par le récit de leurs […], les laisserais pour parler seulement de leurs actions les plus vraisemblables. Par le consentement universel de tous les [auteurs] Samothès ou Dis est le père de tous les Gaulois. On dit que ce Samothès des plus proches descendans de Noé suivit Janus son père ou son cousin en Italie d’où il vint aux Gaules où il establit un royaume du temps de Nembrot[4] et aprint une doctrine particulière de laquelle depuis les druides s’en réservèrent


[1] Ligne raturée dans le texte. [2] La mer Noire. [3] …où maintenant plusieurs princes … [4] Nembrot ou Nimrod.

la congnoissance et la gardèrent entr’eux par le moyen de la cabale. Samothès ou plus tost Magus son fils édifia aussi plusieurs viles et fut la source de tous les rois que le faux Manéthon[1] et Bérose[2], Annius de Viterbe[3] et plusieurs tels resveurs ont conservé la généalogie de père en fils. Après luy Sarron , Drius et son fils proche, ses descendans fondèrent l’ordre des druides ou philosophes gaulois. Drius fut père de Bardus autheur de la poésie, de la musique, d’une plus experte cognoissance de la religion et de l’histoire car il en dressa une […] afin qu’elle peut estre plus facilement aprise par le peuple et conforme à la postérité. Avant lequel temps on trouve quelques viles fondées en Gaule par d’autres princes comme Trebeta, fils de Ninus[4], qui étant chassé de Ninive par Sémiramis vint bâtir Trèves aux Gaules long temps depuis laquelle car nous ne nous arresterons pas au temps de la généalogie de ces premiers princes.

Narbo fils de Galathes[5] bastit Narbonne. Mais six années après celuy Galathes regnoit sur les Celtes qui vainquit les Sarmates qui vouloyent entrer en son païs, envoya des peuplades par toutes les parties et acquit tellement l’amour de ses subjets qu’on croit que pour l’amour de luy les Gaulois quittèrent leur nom ancien de Celtes. Ce ne fut pas loing de son règne que l’Hercule [grege] ou plustost le Gaulois combastit en premier Aegion et Belgion[6] enfans de Neptune et célèbres voleurs. Je dis l’Hercule Gaulois  parce que toutes les nations du monde avoient choisi d’avoir des Hercules et pour cela ont donné ce nom à tous leurs hommes forts et vaillans n’y ayant pas aparance qu’un seul homme des anciens d’une vie médiocre eut peu avoir tout le monde et achever tant de belles entreprinses et tant plustot active que les Grecs ont ramassé les gestes des grands hommes qui avoient vescu au monde pour l’attribuer à leur Hercule[7].

On dit que les Afriquains commencèrent ce commerce et qu’un d’eux y ayant

/423/ mené de grandes colonies édifia Vienne aux Allobroges pour estre la métropole de toutes les Gaules et y [dressa] un sénat pour juger de tous les différents qui y pourroyent survenir. La venue de cest Afriquain fut trois cens ans avant celle des Phocenses[8] le[s]quels chassés de l’Asie par les cruautés des Perses l’an de Tarquin l’ancien[9] et cherchant quelque lieu pour pouvoir habiter en asseurance arrivèrent en ceste plage où depuis ils bastirent la vile de Marseille où ils attachèrent leurs batteaux, descendirent à terre et invités de la beauté du lieu et de la faveur que Senanus[10]  roy de la Gaule Narbonnaise leur portait ils y fondent cest[e] vile qu’ils façonnèrent à la grecque en loix langues et coustumes et luy donnèrent de si bon fondemens qu’elle a depuis esté une des premières viles des Gaules tant en grandeur qu’en police et mesmes en  maniement des armes.

Ainsi ceste vile faisant de grands acroissemens et fourmillant en richesses et en peuple excita la jalousie de ses voisins qui luy coururent sus conduits par le fils de Senanus apellé Comanus[11] qui ne


[1] Manéthon de Sebennytos, historien égyptien du IIIe s. av. J. C. [2] Bérose, dit Bérose le Chaldéen, né à Babylone entre – 340 et -  323. [3] Annius de Viterbe (1432-1502) publia en 1498 une histoire en cinq livres sous le nom de Bérose. [4] Trebote légendaire fondateur de Trêves, fils de Ninos roi d’Assyrie. [5] « Narbo ou « Harbon fils de Galates duquel sont nommés les Gaulois » d’après Lemaire de Belges, T. I, éd. Stécher, 1882. [6] Albion et Bergion. [7] En marge : « Après cest Hercule que les anciennes fables font venir Francus fils d’Hector aux Gaules auquel finissent ces anciens historiens mais où l’on fait commencer une nouvelle race de rois que nous ignorons maintenant ». [8] D’après Adon, archevêque de Vienne (800 – 875), Venerius, africain banni de son pays, aurait fondé la cille de Vienne.  Les Phocéens, habitants grecs de Phocée en Ionie (Asie Mineure), prise par Cyrus le Grand en – 546. [9] Tarquin l’ancien ( 616  -  578 av. J. C.). [10] Senanus, roi légendaire des Gaulois Liguriens et Salyens. [11] En – 572.

suivoit pas les traces de son père comme il arrive peu souvent que les affections des pères passent dans celle des enfans mais la foule de ces peuples qui avoit couru à la ruine des Marseillois fut desfaitte par un petit nombre de Phocéens se servant de l’ordre qu’ils avoyent porté de la Grèce et par le gain de ceste battaille accrurent la juridiction et leur crédit en sorte qu’ils jettèrent de leurs colonies en beaucoup de lieux, civilisèrent leurs voisins, leur communiquèrent leurs arts et les sciences grecques et leur ostèrent l’humeur barbare et furieuse […] auparavant.

C’est là comme les Grecs parlent. Toutefois il y a aparence que les Gaulois en ce temps là ne furent pas si barbares qu’on les descrit et qu’ils peurent bien apprendre la civilité grecque des Phocenses encor qu’ils eussent aussi parmy eux des loix, des sciences et de courtoisie ce qui est aparant parce qu’alors les Gaulois avoyent des rois celtes, des rois précédens qui estoyent chef[s] de puissantes républiques excellemment bien gouvernées comme il est  puisque sans l’ordre elles n’eussent pas peu si longtemps maintenir la concorde entr’eux et y estendre leurs conquestes par tout le monde.

Car nous trouvons par toutes les bonnes histoires qui écrivirent le temps de l’édification de Marseille [que] Ambigat[1] régnoit en Berry et en la pluspart des Gaules. Après qui vint Bituriges son fils qui édifia Bourges lequel voyant que les Gaules estoyent trop peuplées fit deux troupes des Gaulois pour aler conquérir chacun une nouvelle habitation leur marquant le païs où il voulut qu’ils alassent faire leur demeure. Belovese[2] nepveu d’Ambigat fut conducteur de celle d’Italie à qui les Alpes d’abord peurent faire croire qu’on leur avoit donné le pire, mais voyant à la descente d’icelle[s], la beauté du terroir, la fertilité d’iceluy, le vin qu’elle produit et les autres avantages dont la nature avoit gratifié en ce temps l’Italie par-dessus les Gaules, jugea et bien à propos qu’il avoit eu la meilleure part. Ce qui leur fit 

/424/  conquérir avec valeur et s’y establir avec soin en y formant des estats qui depuis ont fait trembler l’estat romain. Ceste conqueste contenoit depuis les Alpes jusques au Pô et comprenoit mesmes la Ligurie et un peu de la Toscane tout cela sous le nom d’Insubrie ou Gaule cisalpine qui estoit un païs que les Gaulois remplirent de belles viles comme Milan, Parme et Crémone et plusieurs autres qui sont encore en grand lustre en Lombardie. Segovese[3] son frère qui avoit eu le septentrion en partage ne rencontra pas de passages si rudes que Belovese avoit fait mais aussi il ne trouva pas un païs si doux ni un climat si tempéré. Il falut qu’il combatte des hommes plus farouches et des courages plus à cors mais quelle difficulté qu’il y trouvât il ne laissa de fonder des royaumes considérables desquels l’ignorance des bonnes lettres ostère la mémoire. Seulement on conjecture que les Boyens[4] habittans de Bohème sont des restes de ceste armée et que les François qui depuis ont ocupé la Gaule en estoyent aussi descendus d’où vient que quelques faux historiens continuèrent les rois anciens gaulois, qu’ils ont imaginé depuis Francus[5] par ceux des Français qu’ils disent avoir régné en Alemagne. Mais pour revenir à Belovese  pour lequel on a plus de cognoissance que de l’autre nous dirons qu’il chassa Roctus roy de Toscane et le contraignit d’aller habiter aux Alpes [Lepuilliennes] et plusieurs autres Italiens s’enfuirent jusques en la Pouille. Après quoi il bastit des viles au-delà du Pô comme il avoit fait au cœur du païs puis arresta ses conquestes et les afermit au mieux qu’il peut. Le

[1] Ambigatos, roi des Bituriges de Bourges né vers – 600. [2] Bellovesos. Son historicité n’est pas avérée. [3] Segovesos. Son historicité n’est pas avérée. [4] Boïens. [5] Roi légendaire, fils puiné et mythique d’Hector.

passage de ce Belovese fut suivy de celuy d’Elitovius qui [fut] le second gaulois, traversa les Alpes avec  une armée qui ocupa Brixia et Véronne païs des Libuens[1].

Mais au mesme temps que Brennus[2] alait en Italie une autre grande troupe gauloise s’ala loger en Illirie[3] ou elle bastit de grandes viles et fit de puissantes colonies desquelles nous avons parlé ailleurs. Or les Gaulois y ont fait auparavant plusieurs colonies en d’autres contrées desquelles on ne peut pas parler avec tant de clarté que des précédentes comme celles d’Espagne qui a pour tesmognage le nom de Celtibere et de Portugal, celle de l’Albion qui y amène la religion des druides pour une marque assurée que les Gaulois sont sortis de Gaule et plusieurs autres trop longues à dire.

Mais ces Gaulois que Brennus avoit amenés furent incontinent employés par un prince toscan nommé Aruns[4] ausquels ceux de Clusium avoyent refusé obéissance tellement que Clusium fut assiégés par eux[5]. Ce que voyant les Romains qui jusques alors avoyent esté invincibles et qui estoyent les arbitres de l’Italie prièrent les Gaulois par leurs ambassadeurs de lever ce siège et n’occuper rien sur les aliés du peuple romain mais Brennus ayant veu un de ses ambassadeurs combattre pour les ennemis fit ce que les Romains demandoyent,

/425/ quitta le siège de Clusium mais ce fut pour aller à Rome vanger l’injure des ambassadeurs Romains. Il la print facilement après avoir battu l’armée romaine en chemin et [entrés, respandant un feu […]  enclos du Capitole, tout[6] la république laquelle il l’avoit réduite à racheter leur liberté avec l’or si le dictateur Furius Camillus[7] ne l’eut délivrée par le fer et n’eut vaincu les Gaulois qui croyent d’avoir tout vaincu.

Cependant dans la Gaule les Marseillais faillirent à se perdre pour avoir trop tesmogné d’affection aux affaires des Romains en leur ayant envoyé de l’argent pendant le siège. Ce bon office esmeut tellement leurs voisins qu’ils l’assiégèrent sous la conduite de [Carpandes]  longuement et inutilement. Depuis les Gaulois ne laissèrent pas d’envoyer de nouvelles colonies par tout le monde encor que le voyage de Brennus eut esté malheureux, la plus grande desquelles furent les trois troupes commandées par Cérétrius[8], Brennus et Achicorius qui se jettèrent en Trace , Illirie et Macédoine suivant la piste d’une autre grande armée commandée par Carabandes qui auparavant avait pillé à son aise les susdites provinces. Ceux cy acquirent une telle authorité au païs où ils se logèrent que tout ployait sous leurs armes et dépendoient de leur arbitrage ainsi que nous avons dit ailleurs. Un Belgius[9] suivit ces trois capitaines et acheva de dompter l’Illirie mais fut chassé de Macédoine. Et depuis se joignant avec plusieurs autres ala jusques au fond de la Grèce et de la Trace où il establit un assés grand royaume qui y a duré quelques races de quoy aussi nous avons desjà parlé. Mais pour achever le discours de ces diverses peuplades nous dirons que Lucterius[10] fit passer la mer aux Gaulois et qu’il forma dans la petite Asie le royaume de Galatie ou Gallogrèce par la crainte et consentement des princes voisins. Après lequel on parle encor d’une autre armée qui alant en Illirie et Trace soubs la conduite de Athé et


[1] […] Et les Boyens et ceux de […] y envoyèrent une nouvelle armée qui […] Et finalement ceux de […] Brennus remplit…l’Italie […] les Romains qui n’avoyent pas encore [douté] ce qu’ils valoyent]. (Passage en partie biffé, surchargé, confus). [2] Un des chefs des Senons (IVe s. av. J. C.). [3] Illyrie. [4] Arruns roi de Clusium (aujourd’hui Chuisi) en Etrurie. [5] En – 391. [6] « tout », du verbre toudre (tolir, moyen français), enlever, saisir, d’où : supprimer, faire disparaître ? [7] Marcus Furius Camillus, v. 446 – v. 365 av. J. C. [8] Cérétrius, chef gaulois… l’an – 281 fut chargé par Brennus d’entrer dans la Thrace. [9] Belfius. [10] Lutorios ou Lotarius.

 

Galathe se perdit entièrement par leur discorde après s’estre combatus d’une telle opiniatreté que les restes ne furent pas capables de poursuivre le voyage qu’ils avoyent entrepris. On dit que ce combat   vint en Italie l’an avant […] 226.

Laissant donc tous les Gaulois d’Asie et Illirie desquels nous avons parlé en leurs lieux souverainement, nous viendrons à ceux de l’Insubrie et à ceux qui avoyent brulé Rome le[s]quel[s] aquirent par ce moyen une telle réputation que toute l’Italie estoit comme leur esclave. Rome seule leur faisoit teste mais avec tant d’apréhension de leurs courses que l’on ne tenoit point les cérémonies ordinaires en la levée de leurs gens de guerre lorsqu’il s’agissait d’aller contre les Gaulois. 

/426/ […] [1] Et premièrement 23 ans après Camillus[2] dictateur pour la cinquième fois les chassa d’Italie.   Le dictateur Titus Pennus[3]  6 ans après les défit près la rivière d’Anien[4] où Manlius acquit le nom de Torquatus[5] pour avoir osté une chaîne à un Gaulois en duel, de là ils se joignirent aux Tiburtins quelques années puis avec les Toscans qui prêtèrent leur alliance à celle des Romains et avec eux ils furent [déceus…] par le dictateur Sulpitius[6].  Popilius[7] triompha d’eux quelques années d’après les ayant desfaits au païs latin et l’année d’après le consul Camillus[8] renouvella la victoire de son père en le[s] chassant  d’auprès de [Rome] et ce fut lors que Valerius Corvinus[9] acquit ce dernier nom  pour un corbeau qui s’estoit mis sur son casque combattant un Gaulois. Depuis joint avec les Samnites et Toscans, Decius Mus[10] fut contraint de se vouer à la mort avec quelques cérémonies afin que le démon  avec auquel il avoit donné son âme arrachast  la victoire des mains des Gaulois[11].

Mais un an après Cecilius[12] n’eut pas une pareille fortune car les Gaulois le vainquirent et tuèrent. Et Dolabella[13] son successeur au consulat eut la revanche de ceste victoire et les défit  avec tous leurs aliés. Après laquelle victoire les Romains estant vainqueurs de toute l’Italie et des Cartaginois donna le moyen et l’envie d’aller visiter les Gaulois Liguriens en leur païs et de passer le Pô qu’ils n’avoyent osé regarder qu’en crainte depuis que les Gaulois en avoyent habité les bords. Une autre guerre aussi grande que la précédente obligea aussi peu après les Romains  de faire un nouveau […].

Ce fut la nouvelle qu’ils eurent du grand aprest que faisoyent les Gaulois Transalpins pour venir piller l’Italie et desfendre leurs anciens frères Insubres. Ce furent les Gaulois Boyons qui passèrent les Alpes estant les premiers […] de tous leurs voisins. Les Romains donc pour les combattre hors de leur païs passèrent le Pô et alèrent à leur rencontre. La victoire fut pour eux. Les Gaulois et leur roy, Bretons y


[1]  Passage biffé qui comprend le commencement de la phrase à la fin du f. 425 : [La loy des exemptions estoit abolie, les prestres et les viellards  /426/ [qui estoyent francs de toutes charges ne les avoyent pas de celles des armes lors qu’on parloit du tumulte gaulois […] des quelques guerres que les Romains ont eu avec eux avant qu’ils ayent esté chassé en Insubrie et de la victoire desquelles ils ont fait un fort grand cas. Camillus le fils les desfit depuis après une guerre […] et les chassa de [Tivoli]. Torquatus qui avoit pris ce nom pour avoir osté une chaîne d’or à un Gaulois les battit aussi quelque temps après et c’est le […] qui les ait chassés de la campagne de Rome. Après lui Decius Mus fut contraint de se vouer à la mort avec des cérémonies afin que les démons à qui il avoit donné sa vie arrachassent la victoire des mains des Gaulois].     [2] Marcus Furius Camillus, de nouveau dictateur en -   367. [3] Titus Quinctius Poenus Capitolinus Crispinus, dictateur en – 361. [4] En – 361. [5] Titus Manlius Imperiosus Torquatus (né en – 400 ou vers – 380. [6] Caius Sulpicius Peticus, consul en – 364. [7] Marcus Popillius Laenas, consul en – 359. [8] Lucius Furius Camillus, en – 349. Consul en – 338. [9] Marcus Valerius Corvus (vers 371 – vers 271 av. J. C.). [10] Publius Decius Mus (vers 377 – 340 av. J. C.). [11] En – 340.  [12] Lucius Caecilius Metellus Denter, en – 283. [13] Publius Cornelius Dolabella, consul en – 283.

 

furent vaincus et contraint de retourner chez eux ou de vivre paisiblement avec les autres Insubriens. Mais peu après les Liguriens peuples gaulois commencèrent la guerre aux Romains qui fut peu de choses auprès de celle que les Gaulois Transalpins renouvellerait deux ans après par le passage de Congolitan et Aneroeste[1] la réputation duquel estonna plus les Romains que toutes les autres courses que leurs devanciers eussent faittes car ils armèrent plus de peuples contre eux qu’ils ayent jamais fait contre les Samnites ou contre les Cartaginois. La grandeur de leur armée peut aprandre la grandeur de leur apréhension car tout ce qui pouvoit porter les armes suivit  les consuls mettant ainsy encore un coup leur République et leur vile au hazard de se perdre s’ils eussent perdu la bataille. Les [Destins furent tenus] à leur grand nombre. Les Gaulois qui vouloyent vanger sur les Romains la peine de ceux qu’il[s]  avoient desfaits auparavant se laissèrent

/427/ vaincre après néanmoins un fort grand combat auquel le consul Attilius[2] mourut  et des deux généraux gaulois Congolitan fut tué et Aneroeste se tua soy-mesme.

Ceste desfaite arrivée au milieu de l’Insubrie ruina la puissance des Gaulois en Italie laquelle néanmoins ils disputèrent longtemps avant que tomber mais enfin il falut qu’ils fondissent tout d’un coup ayant été sapés de partout. Car à part ce combat Flaminius[3] emporta diverses victoires sur les Boyens qui habitoyent lors auprès de Boulogne et sur les Insubriens  lesquels Marcellus[4] l’espée des Romains contraignit enfin de se confesser vaincus après avoir emporté sur eux une fort grande victoire en laquelle il tua Virdoman[5] roy des Gessates de sa propre main et finit par ce beau coup ceste guerre qui avoit tant et si longtemps tenu Rome en cervelle[6].

Juste après les Gaulois pour montrer le peu d’amitié qu’ils portoyent aux Romains souffrirent que Hannibal passât dans leur terre pour les aller combattre en Italie. Ce fut alors que cest Hannibal termina comme arbitre le différent qui estoit entre Brancus roy des Allobroges[7] et ses frères touchant le gouvernement du pays. Car alors toutes les Gaules comme nous avons dit consistoyent en diverses principautés particulières qui néantmoins avoyent une assemblée générale et commune telle que pouvait estre celle des amphictionies[8] qui jugeait des affaires et des différens de tous ces princes. Hannibal  passé en Italie eut plusieurs avantages sur les Romains ce qui fit que les Gaulois Boyens vers Boulogne se voulurent remettre en leur première liberté y étans aussi invités par les exemples de plusieurs viles d’Italie. Pour cest [estat] ils tuèrent le préteur Posthumius Albinus[9] qui commanda deux légions laquelle exécution eut peu de suite non plus que celle des Liguriens suivie après de la desfaite d’Hannibal pour laquelle ils avoyent apellé d’autres Gaulois et receu les Afriquains qui croyaient rester en Italie.

Furius[10] les desfit tous au siège de Crémone[11]  et quelques autres. Car […] Valerius[12] et puis Minutius[13]  desfirent aussi et pardonnèrent aux Boyens qui s’estoyent révoltés desquel[s] le nom se perdit peu


[1] Anéroeste. Chef gaulois des Gésates (IIIe s. av. J. C. Avec Concolitan et le chef insubtien Britomar, il fut vaincu par les Romains à la bataille du cap Télamon (Talamone, en Toscane) en – 225. Anéroeste parvint à s’échapper et se suicida peu après. [2] Caius Atilius Regulus, – 225. [3] Caius Flaminius Nepos. [4] Marius Claudius Marcellus, – 222. [5] Viridomaros, tué à la bataille de Clastidium (Castegio), en – 222. [6] « Tenir qqn en cervelle » : lui donner des inquiétudes (Cnrtl). [7] Branéos, roi des Allobroges en – 218. [8] « Amphictyonie » désigne en Grèce antique une ligue à vocation sacrée. [9] Lucius Posthumius Albinus, -  216. [10] Lucius Furius Purpureo, préteur en – 200. [11] Bataille de Crémone gagnée par les Romains opposés aux Gaulois Cisalpins qui assiégeaient la ville, en – 200. [12] Lucius Valerius bat les Boyens en – 195. [13] Quintus Minutius Thermus, né vers – 231, consul en – 197, vainqueur des Boyens en -193.

 

après en Italie, ce qui a fait croire à plusieurs qu’ils s’estoyent retirés en Germanie et y avoyent donné au royaume de Bohème dont ils revindrent du temps de Jules César habitués aux Gaulois. On dit que ces Gaulois Boyens tenoyent le delà du Pô et les Insubriens le deçà. Les Liguriens après la desfaite que Furius[1]  fit d’eux prindrent encor les armes et tuèrent le consul Scipion et furent peu après :: ruinés par Cethegus[2] aussi bien que par les Boyens et Insubriens qui se [rendirent encor] ceste mesme année encor qu’ils ayent peu après donné encor sujet à un triomphe que fit Scipion Nasica[3] d’eux. Après cela Marcellus desfit les Gaulois qui ayant passé les montagnes [estoyent entrés] en Italie et les Liguriens furent desfaits par Paulus Emilius[4]  qu’ils avoyent assiégé dans son camp. Mais la paix qu’il leur donna dura peu si qu’ils prindrent les armes et tuèrent le consul Scipio et donnèrent beaucoup de peine à les  mettre soub le joug romain lequel néantmoins le consul Fulvius[5] leur fit prendre comme eux autres Gaulois d’Italie.

Maintenant l’histoire gauloise commencera d’estre  mieux cognue pour avoir plus de connexion avec la romaine d’autant qu’estans 

/428/ aprochés de leurs fonctions ils pouvoyent se mêler de leurs affaires plus facilement que lors qu’ils en estoyent si esloignés. La première occasion leur en fut donnée par les Marseillois. La [seconde] Rome, la vile desquels estoit dès longtemps aliée de celle de Rome et dès longtemps aussi estoit haye des Gaulois pour l’envie qu’ils portoyent à leur richesse et de ce qu’ils estoyent si bien avec le peuple romain. Lors donc que toutes les guerres insubrienes et ligurienes furent finies les voisins des Marseillois qu’on apelloit Saliens peuples gaulois ou comme d’autres disons de la Ligurie quatriesme ayant quelque chose à demeler avec ceste vile la vindrent assiéger et joignirent à leurs armées le secours des Liguriens Alobroges et Voconces leurs aliés.

Alors Marseille jugeant ne pouvoir divertir cest orage sans estre couverts des lauriers des Romains les prièrent de les venir secourir ce qu’ils firent d’autant meilleur cœur qu’il[s] s’aquitoyent par ce moyen de l’obligation des  anciens services des Marseillois envers eux et qu’aussi ce secours leur donnoit un[e] entrée dans les Gaules qu’ils avoyent si longtemps désirée. Fulvius Flacus[6] fut le chef de ceste entreprise qui desfit d’abord les assiegeans et remarqua si bien la beauté du païs et la facilité de battre les Gaulois dans leurs terres qu’il augmenta par le récit qu’il en fit l’envie que le Sénat en avoit conceu de longtemps. Sextius Calvinus[7] fut envoyé après luy lequel ayant eu un mesme succès contre les Saliens fit comme les bons ménagers qui pour ne perdre pas leur meubles les marquent de leur chiffre, luy aussi marqua la Gaule du signe que les Romains avoyent acoustumé de mettre aux païs qu’ils vouloyent conquérir qui estoit le dressement des colonies. Luy aussi bastit en Provence celle d’Aix qu’il apella de som nom et de celuy de sa situation Aquae Sextiae[8]. Le roy des Saliens


[1] Publius Furius Philus, en – 223. [2] Gaius Cornelius Cethegus, né vers – 203. [3] Cnaeus Cornelius Scipio Nasica (230 – 171 av. J. C.), en – 191. [4] Lucius Aemilius Paullus, en – 181. [5] Marcus Fulvius Flaccus, en – 123. [6] Marcus Fulvius Flaccus. [7] Caius Sextius Calvinus. [8] En – 122.

 

Teutomal [1]qui s’estoit retiré en Auvergne en vint cependant avec une grande armée composée des Auvergnats et Voconces que Domitius Aenobarbus[2] vainquit encor près de la Sorgue en un lieu dit Vindenulium[3]. Après luy Fabius[4] vainquit encor ces mesmes peuples auprès de Valence et print prisonnier Bistuit[5]  roy des Auvergnats ou comme d’autres disons Betulle roy des Allobroges par laquelle grande victoire le roy des Saliens et tous les autres princes ses voisins perdirent leurs souverainetés et les Romains suivant leurs anciennes coutumes ne firent de tant de peuples et de païs qu’une seule province qui contenoit […] depuis une grande partie du Languedoc que [Martius Narbo[6] vinquit peu après et y édifia Narbonne[7] de qui toute ceste province eut le nom], une partie du Daufiné jusques l’Isère et toute la Provence et mesmes la Savoye. Et ceste 

/429/ fut en telle estime parmy ceux qui sans i adjouter aucun apellatif ils la nommoyent la Province de laquelle mesmes ils estoyent aussi jalous que de l’Italie comme prétendant par l[à][8] un moyen de s’assurer de l’Hespagne et de conquérir la Gaule et la Germanie.

Ceste province leur donna bien tost de l’emploi pour la desfendre des Cimbres qui en ce temps ayant quitté leurs contrées septentrionales et aperçu les Gaules […] durant  et furent desfaits près d’Aix par Marius[9] en son quatriesme consulat après néantmoins qu’ils eurent fait périr beaucoup d’armes romaines comme nous avons dit ailleurs. Ce Marius fit le mesme aux Tigurins et Ambrons peuples gaulois qui alloyent chercher en Italie des logemens plus agréables que n’estoyent leurs demeures des Alpes. Leur desfaite fut au 6[e] consulat de Marius  pendant laquelle guerre Servilius Cepio[10] agrandit la province par des conquestes qu’il fit vers les païs des Tectosages et Tolosates en pillant Toulouse. Les despouilles de ceste vile luy furent malheureuses (car il fut desfait des Cimbres peu après) comme estant  le butin des temples de la Grèce qui avoyt aussi porté malheur aux premiers sacrilèges tellement que depuis l’or de Thoulouse est venu en proverbe aussi bien que le cheval de Sejanus[11].

Après quoi les Gaules demeurent entièrement en paix car l’histoire n’y remarque aucune guerre ne faisant mention ce temps là des Gaulois et rien de considérable si ce n’est la conjuration de Catilina en laquelle les ambassadeurs des Allobroges entrèrent au nom de leurs princes. * Mais Catilina ayant esté vaincu le Sénat [punit] par les armes […] la mauvaise volonté de ceste nation et la démonstration qu’ils avoyent faicte d’haïr le joug des Romains.  Toutefois les aprêts que les Alemans et Suisses


[1] Teutomatos, Teutomalios. Vers – 124-123. [2] Cnaeus Domitius Ahenobarbus (vers 165 – vers 104 av. J. C.), général et consul en – 122. [3] Vindalium. – 122. [4] Quintus Fabius Maximus, dit Allobrogicus, vers 164 – avant 100 av. J. C.  [5] Bituitos (ou Betulle) roi d’Auvergne, s’était allié aux Allobroges. – 121. [6] Martius Narbo est un nom fictif. Narbo Martius est le nom antique et latin de la colonie à l’origine du nom de Narbonne. Mots ajoutés en marge. [7] En – 118. [8] « par lun… ». [9] Caius Marius (157 – 86 av. J. C.) – 102. [10] Quintus Servilius Caepio, né vers – 150, consul en – 106. [11] Cneus Sejus, tué parc Marc Antoine. Aulu Gelle L. 3, ch. 9.

faisoyent pour envahir les Gaule furent[1] encore une puissante raison pour faire donner à Jules César le gouvernement des Gaules à quoy le Sénat enjoignit une seconde autant importante que la première qui estoit de s’enrichir des despouilles de ceste province et d’aquérir une réputation singulière de la conqueste d’icelle *[2].

Les contentions des [Aeduices] ou Authunois[3] contre les Auvergnats ayant donné le dernier branle à la perte de la liberté des Gaules, nous prendrons l’affaire de plus loing. C’est chose merveilleuse que lors que les destinées d’un estat aprochent alors les causes de sa ruine viennent des lieux ausquels on pensoit le moins. Ces deux peuples qui devoyent estre plus [intenses] à garder la liberté de leur patrie pour la grande authorité qu’ils y avoyent  furent les premiers […] pour y faire entrer les larmes. Or les Auvergnat

/430/ avant les batailles qu’ils avoyent perdu[es] contre les Romains avoyent la proéminence dans toutes les assemblées et la disposition des affaires qui regardoyent le général des Gaules. Mais les Authunois voyant que les malheurs passés les avoyent affaiblis comme c’est l’ordinaire que les princes trouvent plus tost dans l’adversité des spoliateurs que des consolateurs et des amis leur ostèrent dorénavant ceste authorité et se l’aproprièrent. Les Auvergnats ne pouvant d’eux-mesmes se remettre en ce droit qu’ils avoyent peut-estre usurpé sur quelque autre avec autant d’injustice apellèrent les Germains auquels la mémoire du voyage des Cimbres donnait envie de changer de païs.

Ces Germains doncques conduits par Arioviste leur roy ne demandant pas mieux que de venir piller les Gaules coururent au secours des Auvergnats et pour leur querelle destruire les Aeduins et les Sequanois et firent semblant après ceste desfaite de esfectuer ce pour quoy ils estoyent venus. Mais une nouvelle troupe de Germains les ayants joints ils absujetirent la Gaule sous eux-mesmes, habitèrent au païs des Séquanois et tindrent ainsy et leurs amis et leurs ennemis tributaires pour 14 ans.

Après cela un nouveau malheur cuida mettre les Gaulois en un plus misérable estat. Les Helvétiens à l’imitation des Tigurins cy dessus voulurent changer de demeure. Orgétorix[4] un de leurs principaux hommes leur fit follement mespriser par ses harangues la povreté et l’horreur de leurs montagnes qu’enfin il leur fit résoudre de bruler leurs 4 principaux cantons et mener toutes leurs familles jouir des douceurs de la Gaule. Avant quoy ils avoyent investi cest Orgétorix pour prétendre à la tirannie puis se mirent en chemin par le païs des Séquanois. Toutes ces causes concurrentes à la ruine des Gaules excitèrent à la fin les Authunois les plus  opressés de tous de recourir aux Romains ce que le Sénat escouta d’autant plus volontiers qu’il voyoit bien que par là l’empire des Gaules leur estoit présenté y ayant aparance que les Germains et Helvétiens vaincus les Gaules le seroyent aussi à cause de la discorde des princes d’icelle.

Ainsy ils donnèrent la commission à Jules César d’arrester les Helvétiens et chasser les Helvétiens ce qu’il embrassa avec  grand plaisir puis que par là le chemin d’aquérir de grands honneurs et de grands biens luy estoit ouvert. En effet en moins de rien il desfit les Helvétiens et les renvoya en leur païs. Il


[1] « Ils y envoyèrent pour cet effet le consul Cassius [ Lucius Cassius Longinus] qui fut vaincu par eux, ce qui fut …»,  biffé. [2] *…* :  Passage corrompu, biffures, surcharges en marge avec les mentions : « Alobroges », « Cotugnatus », « la bataille de Salon ». [3] Les Eduens. [4] Chef des Helvètes lorsqu’ils décidèrent de migrer vers la Saintonge en 61 av. J. C.

battit Arioviste[1] et le contraignit de repasser le Rhin, abatit les Belges qui trouvoyent du ressentiment pour la perte de leur liberté, subjugue les Sédunes[2] et Armoriques et Aquitains, passa en Germanie après avoir desfait les Tenctères et Usipettes[3], aborda la Grand Bretagne, i retourna et la vainque, l’année d’après vint à bout de la conjuration d’Ambiorix[4] et de la révolte des Gaules sous Vercingentorix[5] roy d’Auvergne et finalement le soumit, tout en 9 ans d’où il partit pour subjuguer sa propre patrie avec le fer et l’or des Gaulois comme plusieurs historiens disent.


[1] Chef germain (101 -  54 av. J.C. [2] Peuple celte établi en Valais central au Ier siècle  av. J. C. [3] Les Tenctères et Usipètes, peuples germaniques qui furent défaits au confluent de la Meuse et du Rhin en -  55. [4] Chef des Eburons, peuple belge du nord de la Gaule, au Ier siècle av. J. C. [5] Vercingétorix (vers 82 – 46 av. J. C.), chef et roi des Arvernes en – 52. La bataille d’Alésia eut lieu entre les mois de juillet et de septembre – 52.

 

***

Des Gaulois en Illirie et Trace (p. 249 – 250)

L’an du monde …[1] les Gaulois voyant leur païs trop peuplé envoyèrent de leurs colonies en Illirie et Trace conduictes par Cambaulès[2] ce qui fut au mesme temps que Brennus[3] entra en Italie[4]. Un siècle après, ces pionniers furent suivis de trois troupes de Gaulois conduictes par Ceretrius, Brennus et Archierus[5] lesquels remplirent tout ce païs la Macédoine et la Grèce de la crainte de leur nom en façon qu’aucun n’osait [s’opposer] à eux. Belgius[6] y mena encor depuis une armée avec laquelle il acreut l’espouvantement que ces premiers y avoyent donné. Il fut toutefois repoussé de la Macédoine mais Brennus conducteur d’une autre armée desfit et tua Ptolémée Ceraunus[7] qui s’en disoit roy. Il fit le mesme à son successeur Sosthène et pilla en ce voyage presque toute la Grèce […]. Il se retira avec grand butin après avoir esté battu par les Phocéens en voulant piller le temple d’Apollon en Deslfe[8]. Ils l’avoyent aussi esté un peu auparavant en Macédoine par Antigone[9] qui pour cest action qu’on croyait impossible / fut fait roy de Macédoine. Brennus mourut au retour de ce voyage et après sa mort une troupe des siens passa en Grèce où ils fondèrent un royaume duquel on cognoit subséquemment trois rois. On dit aussi que ce fut alors que Lucterius enmena un[e] autre troupe en Asie et y establit le royaume de Galatie duquel nous avons parlé. Cependant des Gaulois d’Illirie qui avec deux de Trace qu’on croit avoir depuis pris le nom de Bastarnes[10] tenoyent toutes les provinces en subjection et mesmes leur crédit fut si grand que Conarus roy des Gaulois Traciens commanda les deffenses des princes d’Asie pour Bisance. Son prédécesseur avoit auparavant par un secours oportun empesché que les Siriens n’ostassent Attalus[11] roy de Pergame de son païs. On croit que Clondiqus roy des Gaulois Bastarnes[12] succéda à Conarus. Celuy cy estoit son assurance à Perseus roy de Macédoine[13] auquel les Romains faisoyent la guerre. Il le mesprisa par son avarice et s’en trouva fort mal comme nous avons dit. Depuis luy on parle de [Dap…] que Crassus[14] lequel avoit […] les Gètes et Daces au service d’Antoine[15]. Cest le dernier duquel on fait mention jusques aux Bastarnes qui au soulèvement général des peuples ont aidé aux autres à ruiner l’empire romain.


[1] Blanc laissé en suspens. [2] Vers 310 av. J. C. [3] Brennos. [4] Vers 387 av. J. C. [5] Acichorius. Certains auteurs pensent que Brennus et Acichorius sont la même personne, le premier n’étant qu’un titre et le second le vrai nom. [6] Belgius, Bolgios ou Bolg. [7] Ptolémée Keraunos (281 – 279 av. J. C.). Sosthène est le général de son armée. [8] Delphes. [9] Antigone II Gonatas (277 – 239 av. J. C.). [10] Confédération de peuples celto-germains. [11] Attale Ier roi de Pergame depuis 241 av. J. C. [12] Clondicus. Entre 179 et 168 av. J. C. [13] Persée roi de Macédoine (212 – 166 av. J. C.). [14] Marcus Licinius Crassus (vers 60  – après 27 av. J. C.), proconsul de Macédoine en 29 av. J. C.  Il obtint le ralliement du roi géto-dace Rholès à Octave. [15] Ligne confuse en raison vraisemblablement d’un bourdon.

 

 

 

 

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