au livre bleu

23 mars, 2020

Testament d’un papy boomer. Sur la tragédie du coronavirus.

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 16:41

TESTAMENT D’UN PAPY BOOMER

Sur la tragédie du coronavirus

 

Frères humains, ma colère est grande devant le désastre que nous nous sommes infligés par nos comportements déraisonnables, manipulés et orchestrés par l’hubris de grands idéologues de la croissance infinie heureuse pour tous mais avant tout pour leurs escarcelles et egos.

Enfants de la guerre, pleins de bonnes résolutions après une récidive de folie meurtrière séculaire, Déclaration de Philadelphie et  charte de la Havane (1948 OIC) avaient promu la dignité de l’humain et le bien commun, la coopération économique (la pauvreté est un danger pour tous), les normes internationales du travail (le travail n’est pas une marchandise), le contrôle des mouvements de capitaux et des prix de produits de base – bref un monde plus humain après le désastre. Mais comme chacun le sait, les bonnes résolutions ne tiennent guère et l’OMC (1994) nous a vite institué la compétition des économies, la déterritorialisation, la spéculation sur toutes ou presque matières premières, la maximisation des avantages compétitifs induisant moins disant social et fiscal – bref tout ce qui nous amène au désastre financier puis climatique et enfin sanitaire.

La guerre jusqu’au 20e siècle était sanglante et l’humanité ne la supportait plus, au moins chez nous, les « développés » ; s’est mise en place la guerre économique aussi rude : chômage, précarité, marginalisation d’un côté ; exploitation des populations fragiles de l’autre, revêtue du prétexte de sortie de la misère. Les bengladis et autres populations écrasés dans l’effondrement d’ateliers minables apprécient le cynisme de donneurs d’ordre et d’actionnaires toujours plus rapaces, pour la fabrication de produits de masse souvent bas de gamme destinés, avec retours sur investissements conséquents et transports polluants, aux populations en voie de paupérisation d’occident. Une certaine mystification des « trente glorieuses » n’a tenu que le temps de compétition de la guerre froide avec le communisme. Ce dernier disparu, autocratie de vieillards séniles et aussi cyniques qu’en face, le capitalisme triomphant sans modestie ni frein s’est empressé de récupérer au moins partiellement, ce qu’il avait dû concéder.

Et nous voilà maintenant après un désastre financier aux responsables absous et reconduits sans vergogne, un désastre climatique annoncé et si mollement pris en charge par les égoïsmes nationaux, devant un désastre sanitaire produit de la pauvreté, de la rapacité humaine sur les espaces naturels, des échanges commerciaux effrénés internationalisés. Dépassés par les événements, nos grands capitaines lâchent l’argent qui soi-disant n’existait pas avant, convertissent les industries de luxe en  fabriques de produits de première nécessité, très bien, espèrent-ils s’offrir en plus une nouvelle virginité à si bon compte. Profitons de ce temps de confinement pour regarder avec courage et lucidité où nous ont mené dans leur hubris ces « Importants de Davos » grands manitous-je-sais-tout de l’économie, généraux de la guerre économique mondialisée sans oublier leurs idéologues inspirateurs Friedman et ses chicagos boys, reaganiens et tatcheriens et nos  politiques convertis ou paresseux qui ont mis en application leurs idées. L’histoire humaine ne peut plus se payer le luxe de bégayer et ce qui est sûr maintenant, c’est que personne petit ou grand n’a la vérité absolue, qu’un monde dirigé par une finance non contrôlée satisfaisant des appétits de gains par et pour une consommation souvent suscitée et effrénée, des échanges internationaux sans bienveillance, nous envoie tôt ou tard dans le mur. Méditons ces fragments du poème « Genêt » de Léopardi sur la condition humaine ; j’ai conscience de déformer un peu par les extraits, mais chacun pourra le trouver facilement en entier s’il le souhaite :

 

Qu’il vienne maintenant l’optimiste rêveur
Divinisant la race humaine en sa ferveur,
Qu’il vienne contempler, béate créature,
En quel souci nous a l’indulgente nature.
Apôtre du progrès sans fin, qu’il vienne voir
Jusqu’où s’étend de l’homme ici-bas le pouvoir !
O forte race humaine, il suffit d’un caprice,
D’un brusque mouvement de la mère nourrice
Pour t’anéantir, toi, ton œuvre, ton passé,
Tout, jusqu’au souvenir de ton être effacé !
O progrès, ô génie humain, c’est sur ces plages
Que de tes hauts destins tu peux lire les pages.
Viens t’admirer ici, siècle superbe et vain,
Qui, de la vérité désertant le chemin,
Crois marcher en avant et marche en arrière,
Nommant progrès ton culte abject de la matière.

……………….

Mais je tiens pour un sot berné par l’espérance,
L’être né pour la mort, créé pour la souffrance,
Qui se dit mis au monde et fait pour être heureux,
Et qui d’orgueil enflé, repu de songes creux,
Oubliant du passé les détresses subies,
Façonnant l’avenir au gré de ses lubies,
Promet sur cette terre, Éden universel,
Des bonheurs ignorés du monde et même au ciel

……………………….

 

Quand le bon sens partout est toujours insulté,
Quel sentiment, ô pauvre et triste humanité,
Quel dégoût attendri de pitié douloureuse
Soulève dans mon cœur ta misère orgueilleuse!…
De l’humaine raison que doit-on espérer,
Et nous faut-il en rire ou faut-il en pleurer?

…………………………

Ignorant et les temps et la race mortelle,
Sans plus se soucier des fils que des aïeux,
Esclave du Destin qui règne et vit en elle,
Éternellement jeune, éternellement belle,
La nature poursuit son cours mystérieux.
Les peuples cependant, les langues, les empires,
Meurent; aux jours mauvais succèdent les jours pires:
Rien ne trouble sa marche et sa sérénité.
Et l’homme ose ici-bas parler d’éternité !

……………………………

Et toi, souple genêt, dont la tige odorante
De ces déserts brûlés fleurit les rochers nus,

……………………………

Tu n’auras pas du moins sur la terre brûlée,
Où le sort te fit naître et non ta volonté,
Levé superbement vers la voûte étoilée
Un front par la démence et l’orgueil habité !
Sage et soumis aux lois d’une humble destinée,
Tu ne crois pas que l’Être aux décrets paternels
Garde à tes rejetons sur cette fange ignée
Des bonheurs infinis et des jours éternels !

***

Serge Collet

***

Patience patience

Dans le confinement

Tout mètre de distance

Est gage de survivance 

A.C.

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