au livre bleu

12 janvier, 2012

HOMMAGE A MARCEL DUCHAMP. Boîte-en-catalogue, 1912-2012.

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BOÎTE-EN-CATALOGUE, Le Mille et unième Item, 1912-2012

d’après M. Duchamp

 

 Le scandaleux Mille et unième Item

ou le premier centenaire de la non-exposition du Nu descendant l’escalier

 

 HOMMAGE A MARCEL DUCHAMP. Boîte-en-catalogue, 1912-2012. BEC2-0011-187x300

Catalogue de la 28e exposition de la Société des Artistes Indépendants, Paris, 1912, 17, 5 cm.

 

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 Ce catalogue met sous les yeux du public, pour la première fois, le titre d’une oeuvre révolutionnaire qui, refusée,  ne sera pas exposée :

 

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Il s’agit du fameux mille et unième item conservé aujourd’hui au musée de Philadelphie : Nu descendant l’escalier (sic), maintenant appelé : Nu descendant un escalier n° 2

Comment un nu, et un tel nu, peut-il descendre l’escalier ?… Quel escalier ? Celui de l’atelier du peintre ?  L’escalier que chacun connaît dans son environnement particulier et que chacun peut rappeler à son esprit ?

Ce tableau présenté pour la première fois par le peintre fut refusé par le comité organisateur car le sujet comme le titre ne répondaient pas aux attentes – aux préjugés !… - des autres artistes cubistes qui se voulaient pourtant des novateurs face au salon officiel…

Marcel Duchamp préféra le retirer plutôt que de changer le titre et  les visiteurs ne pourront alors voir ce tableau que par les caractères de son titre imprimé : « Nu descendant l‘escalier » et non pas « Nu descendant un escalier » titre inscrit (peint) dans le tableau par son auteur (en bas à gauche). Déjà la coquille typographique (vraisemblablement) introduisait un peu de « jeu » dans le(s) caractère(s) de la représentation…

*

A travers cet événement, Marcel Duchamp inaugurait là, sans le savoir, une forme de  » performance artistique « , la première du genre,  la seconde et la plus connue étant les circonstances du refus de la fameuse Fontaine  de 1917 (urinoir signé disposé horizontalement), oeuvre proposée à la première exposition de la Société Américaine des Artistes Indépendants à New York où Duchamp résidait alors. La Fontaine originale a d’ailleurs disparu et il n’en reste plus aujourd’hui qu’ une photographie d’Alfred Stieglitz. La non-exposition fut alors l’objet d’une grande polémique relative à la nature de ce qui relève, ou non, de l’art. La polémique est toujours d’actualité.

Duchamp est le premier artiste à faire de la non-exposition d’une oeuvre une performance artistique  de sorte que, « rétroactivement », la première non-exposition du Nu de 1912 acquiert aujourd’hui le même « statut » ; les documents qui précèdent, accompagnent ou survivent à l’oeuvre – ici le catalogue avec le titre imprimé, là une photographie – font désormais partie, à leur façon,  de l’oeuvre. 

C’est à partir du premier refus à son encontre que l’artiste controversé va progressivement passer de l’autre côté du miroir de l’Art…

Deux exemplaires de ce « multiple » sont aujourd’hui conservés à Paris dans des institutions publiques, l’un à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (où Marcel Duchamp  travailla en 1913-1914), l’autre à la Bibliothèque des Arts décoratifs.

*

Je suis surpris de voir que ni Marcel Duchamp, ni l’un de ses nombreux exégètes n’ont jamais relevé, sauf erreur ou omission de ma part, cette rencontre entre le n° 1001 et la première mention imprimée du Nu descendant l’escalier. Je pense que cette coïncidence – peut-il en être autrement ? – aurait amusé Duchamp, lui qui s’est beaucoup intéressé aux nombres, notamment pendant la période de la conception du ready-made Obligations pour la roulette de Monte-Carlo (1924).

Duchamp voulait « dessiner sur le hasard » et la loterie du hasard le lui rend bien… en lui attribuant le n° 1001 pour son tableau : le n° 1001, le nombre figuré pentagonal en relation avec le mythique « nombre d’or » que l’on retrouve dans toute forme pentagonale et dans l’étoile à cinq branches. Un nombre, un numéro en quelque sorte frappé du sceau de l’étoile. Par ailleurs, autre coïncidence, le tableau du Nu interdit d’exposition au printemps sera réintégré à l’automne au Salon dit « de la Section d’or », la bien nommée…

Comment ne pas rêver immédiatement à la comète de « l’enfant-phare » reportée sur la tête elle-même du respirateur où une tonsure volontaire de l’occiput reproduit une étoile ou plutôt une comète avec sa queue de lumière dirigée vers l’avant, figure pionnière du Body-Art fixée sur la pellicule par Man Ray (Tonsure, 1919) ?

Duchamp a-t-il pensé que le numéro d’ordre de son premier et scandaleux tableau lors de cette première non-exposition avait une relation poétique directe avec l’étoile ? Duchamp, l’homme » né coiffé » d’une étoile à l’occiput, la même étoile qui, au front, allait douloureusement blesser son ami Apollinaire. Les étoiles ne sont décidément pas toutes de la même lumière.

L’art a-t-il besoin d’une « excuse biologique » ? Quoi que l’on pense de l’art, il ouvre une large fenêtre sur l’imaginaire. Il est vrai qu’à trop se pencher à cette fenêtre,  l’homme peut basculer et aller jusqu’à faire disparaître la moindre de ses qualités, celle, selon Duchamp,  d’artiste présumé. Le Mille et unième Item : fin d’un cycle, commencement d’une ère nouvelle. Sans le vouloir et sans le savoir, Marcel Duchamp démarrait bien là sa « carrière » en fanfare…

*

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BOÎTE-EN-CATALOGUE, Le Mille et unième Item, 1912-2012, d’après M. Duchamp.

Boîte au couvercle à rabat de 21, 2 cm de hauteur, 13, 8 cm de largeur et 4 cm de profondeur contenant un exemplaire du Catalogue accompagné d’une reproduction couleur du tableau Nu descendant un escalier n° 2.

**

 Le Mille et unième Item

Impression vision nouvelle

Marches de la MoDernité, même

A.C.

 

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