au livre bleu

28 mars, 2024

« Dragons, chimères » selon Paul Valéry

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 13:43

Dragons, chimères

selon Paul Valéry

Le cerveau livré à soi-même est un artiste d’Extrême-Orient.

dragondragon

dragondragon

Dragons, chimères ; développements infinis dans l’arbitraire le plus suivi ;

et quelles sphères ajourées contenues l’une dans l’autre,

et détachées l’une de l’autre, à même la matière du souvenir !

Comme fait le Chinois dans une masse d’ivoire ou de jade,

ainsi l’artiste Vie pratique ses voies capricieuses dans le bloc du passé,

et trouve des chemins infinis et une infinité de surprises

dans ce fragment de temps inachevé.

Rhumbs , Gallimard, 1933

15 février, 2024

Bibliographie amusante de Marcel Duchamp

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 8:58

 

A propos de Marchand du sel de Marcel Duchamp (Le Terrain vague, 1959)

Essai de bibliographie amusante

L’essai de Jean-Marie Touratier, Le Légendaire de Marcel Duchamp (Galilée, 2020) met bien en perspective le cheminement de l’anartiste Duchamp et ce que nous pouvons en retenir aujourd’hui, sans pour autant clore le débat car Marcel Duchamp nous réserve toujours des surprises. La lecture de cet essai me remet par ailleurs en mémoire quelques aspects de son œuvre que j’avais un peu oubliés. La note relative à la Boîte-en-valise rappelle que les 300 exemplaires de l’édition courante (1935 – 1941), après 20 exemplaires de luxe, sont tous « différents par leur contenu, leur structure et leur extérieur ».

Me revient alors à l’esprit mon exemplaire des écrits de Duchamp (Marchand du sel, Le Terrain Vague, 1959). J’avais déjà relevé rapidement qu’il existait des différences dans l’illustration en me référant à la liste des Hors-texte donnée dans l’édition moderne de poche (Marcel Duchamp, Duchamp du signe, Ecrits…, Nouvelle édition…, Champs/Flammarion, 2007). Dans mon édition, il existe 23 items H.T. dont 2 en double page (plus la reproduction du Grand Verre en celluloïd). La table des H.T. de l’édition C./F.  donne, elle, 22 items dont le Grand Verre. Mais 13 items de mon exemplaire ne figurent pas dans l’édition C./F., soit :

Erratum musical (recto) et [Adresse ] (verso) , entre les p. 48 et 49

Voie lactée (recto) et Cylindre sexe (verso), Magneto, entre les p. 64 et 65

[Chariot] double page, entre les p. 72 et 73

Projet échelle 1/5, Appareil célibataire (plan), Appareil célibataire (élévation), Portrait sur mesure de Marcel Duchamp « construction »… par Jean Crotti, 1915, entre les p. 80 et 81

Combat de boxe, entre les p. 84 et 85

Marcel Duchamp Photo Man Ray Circa 1930, L’opposition et les cases conjuguées sont réconciliées, Extrait de l’ouvrage de Duchamp et Halberstad (double page), entre les p. 184 et 185.

Duchamp Crotti

 Portrait sur mesure de Marcel Duchamp

« construction »… par Jean Crotti, 1915

Je remarque aussi qu’Avoir l’apprenti dans le soleil (dessin), 1914, figure dans la liste des H.T. de l’édition C./F. alors que la reproduction est en in-texte dans l’exemplaire que j’ai sous les yeux (p. 32). Erreur de l’édition C./F. ?

Marcel Duchamp aurait-il fait en sorte que tous les exemplaires de son édition ne possèdent pas exactement les mêmes illustrations comme pour l’édition de ses Boîtes-en-valise ? Cela ne m’étonnerait pas outre mesure quand on connaît l’esprit joueur de l’anartiste toujours prêt à semer quelque confusion dans les esprits et particulièrement ici dans « l’esprit de la bibliographie » auquel je suis certainement plus sensible que d’autres de par ma formation. A moins qu’il ne s’agisse que de quelques exemplaires composés à la fin de l’impression avec un stock d’illustrations dont les tirages ne furent pas exactement calculés en rapport avec le projet initial ?

Quoi qu’il en soit, même ce qui pourrait être « une défaillance » de l’éditeur (?) ne serait pas sans intérêt pour Duchamp toujours prêt aussi à jouer avec le hasard en accueillant l’accident même dans l’œuvre. Les cassures accidentelles du Grand Verre n’ont-elles pas été acceptées « comme parties intégrantes de l’ensemble et lui donnant sens ? » (J.-M. Touratier). La composition différente de tous les exemplaires de l’édition de Marchand du sel devrait faire l’objet d’une vérification à partir de plusieurs exemplaires (le plus possible).

Si elle était confirmée, sauf erreur ou omission de ma part, il me semble que ce serait bien la première fois qu’on le soupçonne et le signale. Je vois par ailleurs, en vente sur le web, que l’un des 40 exemplaires numérotés imprimés sur papier vergé fort d’Auvergne portant les signatures de M. D., de M. Sanouillet et de Poupard-Lieussou, possède, lui, 25 planches H. T… Cette nouvelle différence serait-elle « simplement » due au fait qu’il s’agit du tirage « de luxe » ?

***

La non-exposition d’une œuvre d’art,

nouveau type de performance inventé par Marcel Duchamp

 

Hommage à Marcel Duchamp : « Boîte-en-catalogue, Le Mille et unième Item, 1912 – 2012, d’après Marcel Duchamp. Le scandaleux Mille et unième Item ou Le Premier centenaire de la non-exposition du Nu descendant l’escalier » (boîte au couvercle à rabat de 21, 2 cm de hauteur, 13, 8 cm de largeur et 4 cm de profondeur contenant un exemplaire du livre Société des artistes indépendants, catalogue de la 28e exposition  1912 (Paris, 1912). [en page du 12 janvier 2012 sur le même blog aulivrebleu.unblog.fr].

J’ai évoqué cet événement comme l’inauguration d’un incident original où un artiste pouvait silencieusement – d’abord – faire de la non-exposition de son œuvre une performance artistique (cf. ma page du 12 janvier 2012 à ce sujet). Ce qui au départ aurait pu être un incident de parcours banal et vite oublié pour un peintre au début de sa « carrière » fut néanmoins confirmé dans son importance et dignement réactivé par un autre incident du même type cinq ans plus tard avec la non-exposition de la Fontaine (l’urinoir détourné) en 1917 à New York. Ces incidents doivent aujourd’hui être envisagés sous le même angle de la performance voulue et assumée – ensuite – par son auteur. Marcel Duchamp est donc bien le premier artiste à faire de la non-exposition d’une œuvre une performance artistique d’un nouveau genre.

Boîte-en-catalogue  est un hommage que j’ai voulu rendre au peintre novateur. Elle n’est ni un pastiche ni un plagiat. Le Mille unième Item (ou Boîte-en-catalogue) est un artefact d’un admirateur de l’œuvre, l’aboutissement d’une intuition. Boîte de conservation et lieu d’exposition de son contenu en forme de clin d’œil échelle 1 : 1. Le tout figure l’instant unique mais durable, étrange et paradoxal, où une œuvre picturale annoncée mais absente fait néanmoins son « entrée » analogique, graphique et donc visible dans le n° 1001 du catalogue imprimé, bien présent, lui. Boîte-en-catalogue, avec la mise en scène du livre et de la page où le fameux titre est reproduit, met en scène le retard en peinture pris à la lettre du Mille et unième Item. Ce retard mis sous les yeux des regardeurs parisiens du 20 mars au 16 mai 1912 ne sera rattrapé qu’en mai à Barcelone puis de nouveau en octobre à Paris, au Salon de la Section d’or, salon bien nommé quand on sait que le n° 1001 est un nombre figuré pentagonal en relation directe avec le nombre d’or et l’étoile à cinq branches comme je l’ai montré. Le hasard fait-il trop bien les choses ?

Ce retard – concept inventé par le peintre lui-même – sera encore rattrapé, mais d’une façon définitive et explosive lors de l’exposition (« l’explosition » ?) montée à l’Armory show de New York, en 1913, comme si l’énergie encore retenue et accumulée par ce retard initial devait à toute force se libérer avec les conséquences que l’on sait.  L’artiste recevra la considération qu’il n’avait pu obtenir dans son propre pays. 

 ***

Fin de l’art ou arc d’une nouvelle fin

 

C’est bien parce que l’art à une origine biologique que l’on peut imaginer que l’art ne puisse plus se distinguer et ainsi se fondre  dans l’ensemble des créations humaines. Contrairement à ce que pense Marcel Duchamp, l’art a une source biologique dans la mesure où les facultés de mise en forme, d’abstraction et de symbolisation à la base de ce type de création proviennent toutes de l’évolution originale de notre cerveau ; les animaux ne créent pas des œuvres d’art.

L’art n’est pas seulement une  affaire de « goûts » produits dans la dynamique des rapports sociaux. L’art est un produit de l’activité humaine au même titre que l’artisanat ou la création industrielle. Les similitudes sont grandes pour ce qui concerne les conditions de production. Il y aurait danger pour lui à « s’aligner » aujourd’hui, volontairement ou en raison d’une force incontrôlée ou incontrôlable, sur les autres productions humaines. Pourquoi au début du XXe siècle, cette perte effective ou non de l’aura, perte ou affaiblissement de la fonction symbolique de l’art dans les conditions de la « vie moderne », amorcée par l’invention de la photographie, couronnée par le  readymade ?

L’artiste étant considéré à la pointe des capacités de formalisation et d’abstraction, les produits de son art ont acquis une valeur particulière et reconnue dans la société. A la mort de l’artisan,  l’œuvre bascule dans l’anonymat qui était déjà le plus souvent le sien du vivant de son producteur. A la mort de l’écrivain, du compositeur ou du plasticien, l’œuvre bascule dans le mythe, cette étrange personnalité adhérant au collectif où l’individu trouve ses raisons d’être, d’espérer et de vivre.

« [Le ready-made] transforme en lieu commun et résorbe l’écart existant entre l’éminente création artistique et le monde prosaïque : il interdit finalement toute séparation, à commencer par la sacro-sainte distinction entre l’art et la vie ». (F. Danesi).

Ce constat est une conséquence du fait que nous avions oublié que les créations du « monde prosaïque » et celles du « monde artistique » ont la même origine issue des capacités singulières de l’esprit humain. Le problème est de savoir pourquoi cela serait scandaleux, et surtout en quoi cela porterait définitivement atteinte à la notion même de l’art, à son aura.  La vie est la condition même de l’art, l’art renouvelle et entretient, à sa pointe, la vie.

Comme on le dit communément,  l’œuvre de l’artisanat relève – presque uniquement – de son siècle, celle de l’art a la capacité de retentir bien au-delà dans le temps et dans l’espace. De la densité du spirituel ou de la profondeur symbolique toujours renouvelée de certains objets privilégiés, projections des artistes façonnant leur désir et transmettant par là leur expérience intime et subjective du monde au bénéfice de tous.

Autrement dit : ce spirituel (manifestation d’un esprit) et cette profondeur symbolique (capacité à faire qu’un objet puisse être autre chose que ce qu’il est, que certains décident de nommer – ou s’obstinent à nommer force transcendantale) que l’art avait acquis depuis le romantisme (auparavant on ne parle que de magie, de religion ou d’artisanat de luxe), semblent se perdre dans les sables sous les coups de boutoir de l’invention de la photographie (fin de la peinture ?), du design industriel (fin de la sculpture ?) et du mouvement dada (fin de la littérature et de l’art en général ?) auquel Duchamp se trouve  rattaché. Fin de l’histoire tout court que certains semblent promouvoir dans le constat de leur propre impuissance à penser le phénomène et à évoluer.

« L’alignement » supposé de l’art sur les autres productions ne le fait pas forcément se dissoudre, il est un révélateur de notre oubli ou de notre aveuglement et appelle une nouvelle compréhension des conditions de sa production. Le readymade, aujourd’hui à jamais non définitivement « consommé », ne disparaît pas dans la satisfaction des besoins élémentaires, comme les autres produits, même dits « de luxe », pourvu qu’il réponde à d’autres besoins, ceux de l’imaginaire où viennent se loger « spirituel » et « symbolique ». Le readymade est une autre manière d’être un objet d’art. Il est et reste  matière  à voir et à priser, capable et non à priori coupable – comme les autres créations – de faire plus ou moins voir, penser, ressentir, pressentir, rêver, imaginer.

Duchamp accorde de fait à l’ensemble des choses une profondeur symbolique  allouée jusque là aux œuvres d’art et aux mots. Les choses banales font désormais « penser » autant que les mots. Grâce aux readymades, elles vont occuper désormais autour de nous une place dont on ne mesure pas encore l’importance ni les conséquences : il crée un nouvel espace. Ne dit-on pas déjà que tous les objets qui nous entourent sont ou deviennent des « Duchamp », « readymades latents ». Un nouveau langage « matériel » en gestation, un nouveau code (« le Duchamp » ?) nous cerne dont nous ne connaissons ni les tenants ni les aboutissants, ni la grammaire, ni la syntaxe, à peine quelques items,  projections en  n dimensions, « vocables » dont déjà s’enchante la fable. En jouant avec les choses comme en jouant avec les mots, ou en se jouant d’elles (en s’enjouant d’elles), Duchamp renouvelle notre vision en libérant nos pupilles, crée un nouveau langage visuel donc une nouvelle lecture, donc une nouvelle perception du réel. Où est la fin de l’art ?

Alain Collet

 

28 novembre, 2023

De la Roue des Choses, Dharmachakra, cintamani…

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 14:34

 

De la Roue des Choses, Dharmachakra, cintamani…

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Cet objet étrange difficile à dater est une boule de 5, 5 cm de diamètre, probablement en ivoire. Divisée en quatre sections parallèles par des traits circulaires, les deux extrémités figurent vraisemblablement le Dharmachakra, la roue aux huit rayons, symbole représentant le Bouddha et son enseignement. Ces huit rayons tracés sont le Noble Chemin Octuple. Les deux sections entre les roues sont elles-mêmes divisées chacune en huit  » compartiments « , ce qui repésente seize « compartiments » en tout. Malgré nos recherches, nous ne connaissons pas, à ce jour, d’autres exemplaires de cet artefact. Le fait qu’il y ait deux roues nous a d’abord paru curieux. Pourquoi deux roues ?

 

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L’explication figure peut-être dans le texte suivant de Bernard Faure : « En renonçant au monde, Sakyamuni avait en fait conservé (ou plutôt réalisé) ses attributs de monarque universel (cakravartin)… A l’instar de l’imagerie occidentale des deux glaives, spirituel et temporel, l’idéologie bouddhique en vint à prôner l’harmonie des deux roues du Dharma, la loi bouddhique et la loi profane, le Bouddha (ou le clergé bouddhique) et le roi cakravartin. Cette théorie devait connaître son apogée en dehors de l’Inde, dans le Japon médiéval ».

Dans le prolongement de cette description, les seize « compartiments » pourraient alors faire référence aux seize arhats, saints personnages de la mythologie bouddhiste.  » Au moment d’entrer en parinirvana, le Bouddha, voyant que quantité d’arhats voulaient entrer en nirvana en même temps que lui, confia le Dharma à seize d’entre eux en leur demandant de demeurer dans le monde tant que le Dharma répandrait ses bienfaits parmi les êtres, afin de le protéger contre l’extinction… » (cf. Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme).

En continuant notre tentative d’explication où la numérologie tient une  place éminente, 8 + 8 (les deux  Chemins octuples) + 16 (les arhats) égalant 32 , nous nous apercevons que ce nombre pourrait correspondre aux 32 signes propices du Bouddha (cf. « Le sutra des signes excellents  » dans la tradition du Théravada).

***

Quoi qu’il en soit, cet objet est peut-être à mettre aussi en relation avec « le joyau magique », cintamani ou chintamani, pierre précieuse pouvant apparaître sous la forme d’une boule lumineuse tenue en main par des boddhisattvas. Le joyau est censé accomplir les souhaits dans la tradition hindoue et bouddhiste.

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Boddhisattva tenant le joyau entre ses mains.

(Statuette de 8, 5 cm, vraisemblablement en jaspe dit « paysage »).

Alain Collet

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Bernard Faure, Les Mille et une vies du Bouddha, Seuil, 2018.

Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Nouvelle édition augmentée, Seuil, 2006.

Alain Collet, Un antique Bouddha « d’émeraude » portatif, page du 23 novembre 2019 du blog : aulivrebleu.unblog.fr

 

 

23 septembre, 2023

Philippe Jaccottet lecteur de Joseph Joubert

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 10:21

 

Philippe Jaccottet lecteur de Joseph Joubert

Mes rencontres avec le poète

 

J’entretiens une relation aussi étrange que particulière avec Philippe Jaccottet, tant sur les plans intellectuel et poétique que matériel, autrement dit, bibliophilique. Relation en partie fondée sur un hasard qui va, me semble-t-il, au-delà même du rendez-vous.

Première découverte : j’ai lu Jaccottet tardivement en découvrant en 2012 son livre, en édition originale, Airs : poèmes 1961 – 1964 (Gallimard, 1967). Ce recueil avait retenu mon attention car certains poèmes m’avaient intimement touché dans le contexte où je l’avais, à l’époque, lu. Ces poèmes sont toujours aussi importants pour moi aujourd’hui.

Seconde découverte : j’achète chez un bouquiniste au début de l’année 2023 le volume de ses Œuvres dans la Pléiade (Gallimard, 2014), sans me rendre compte immédiatement qu’il y a sur la page de garde un bel envoi manuscrit  de Philippe Jaccottet, avec, pour signature, simplement, le prénom « Philippe ». Cette rencontre, on peut l’imaginer, me touche encore profondément.

Troisième découverte : je mets au jour dans une recyclerie un volume des Pensées de Joseph Joubert, « Textes choisis et présentés par Raymond  Dumay », édition publiée par le Club français du livre (reliure toilée, 1954). Je fais immédiatement le rapprochement avec la mise en exergue par Jaccottet de « Notre vie est du vent tissé », citation extraite des Pensées de Joubert inscrite à l’entrée du recueil d’Airs. De nombreuses pensées sont pointées au crayon puis au stylo bleu, deux petites annotations au stylo encore, une vieille carte postale « Les Houches – Mt-Blanc (1008 m.) Lac du Plan de la Cry et Chaîne du Mont-Blanc [Edition Ravanel] », enfin et surtout, pour aller au-delà de la surprise si c’est possible, une petite photo en noir et blanc (6 x 9 cm) représentant dans la nature, à Grignan certainement, Philippe Jaccottet assis sur un mur avec son épouse Anne-Marie debout à ses côtés. Ce cliché date vraisemblablement de l’époque de leur mariage, peu avant ou peu après, soit 1953 ou 1954.

La mince écriture des deux annotations est bien de la main de Jaccottet. Ce livre a donc fait partie de la bibliothèque du poète. La date du livre publié en 1954 (achevé d’imprimer du 10 juin 1954), les citations pointées, les deux petites annotations, enfin la photo dans ce livre même, de la même époque, posent des questions sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Mais je ne peux m’empêcher de penser aujourd’hui quelle sera ma prochaine rencontre, si elle devait se manifester…

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 La tendresse est le repos de la passion

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Il n’est pas possible de reproduire les 121 sentences pointées par le lecteur attentif que fut Jaccottet. Je ne reproduis ici que les 13 sentences « doublement » pointées par le poète (//) ou dont les mots sont expressément soulignés ou accompagnées d’une note (2 notes sur les 13 items). Ces sentences sont données dans l’ordre du classement donné par M. Dumay. Les mots en italiques sont les mots soulignés par Jaccottet.

 

« Joubert lui-même » :

1.  J’ai la tête aimante et le cœur têtu. Tout ce que j’admire m’est cher, et tout ce qui m’est cher ne peut me devenir indifférent. P. 6.

2.  Je ne veux ni d’un esprit sans lumière, ni d’un esprit sans bandeau. Il faut savoir bravement s’aveugler pour le bonheur de la vie. P. 6.

3.  J’aime encore mieux ceux qui rendent le vice aimable que ceux qui dégradent la vertu. P. 7.

4.  S’il est un homme tourmenté par la maudite ambition de mettre tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase, et cette phrase dans un mot, c’est moi. P. 12.

5.  J’ai donné mes fleurs et mon fruit, je ne suis plus qu’un tronc (un bois) retentissant. Mais quiconque s’assoit à mon ombre et m’entend devient plus sage. P. 15.

 

« L’âme et les facultés de l’esprit » :

6.  L’âme est aux yeux ce que la vue est au toucher ; elle saisit ce qui échappe à tous les sens. Comme, dans l’art, ce qu’il y a de plus beau est hors des règles, de même, dans la connaissance, ce qu’il y a de plus haut et de plus vrai est hors de l’expérience. P. 20.

7.  Des âmes libres, bien plutôt que des hommes libres ! La liberté morale est la seule importante, la seule nécessaire ; et l’autre n’est bonne et utile qu’autant qu’elle favorise celle-là. P. 22.

8.  Notre esprit n’est pas notre âme. Il y tient comme nos yeux à notre face et comme nos regards à nos yeux. Notre esprit peut opérer sans nous et nous pouvons avoir beaucoup de pensées sans que notre âme y prenne part. P. 25.

9. Ce n’est pas une tête forte, mais une raison forte qu’il faut honorer dans les autres et désirer pour soi. Souvent ce qu’on appelle une tête forte n’est qu’une forte déraison. P. 32.

 

« Du cœur et des passions » :

10.  La tendresse est le repos de la passion. P. 57.

 

« De la vérité et des erreurs » :

11.  Savoir, c’est voir en soi. P. 105.

 

« La famille et la société » :

12.  La crainte trempe les âmes, comme le froid trempe le fer. Tout enfant qui n’aura pas éprouvé de grandes craintes n’aura pas de grandes vertus ; les puissances de son âme n’auront pas été remuées. Ce sont les grandes craintes de la honte qui rendent l’éducation publique préférable à la domestique, parce que la multitude des témoins rend le blâme terrible, et que la censure publique est la seule qui glace d’effroi les belles âmes. P. 150.

Note au stylo bleu, en marge, au bas du paragraphe : « Cf. L’opinion de Balzac ds Un début ds la vie » (sic). Au-dessous du mot « belle », souligné, est tracé un point d’interrogation.

 

« Les chemins de l’écriture » :

13. La musique a sept lettres, l’écriture a vingt-cinq notes. P. 210.

En marge, au stylo bleu : « faux ».

 

Il est difficile de dire le degré  et la nature de l’intérêt porté à ces sentences, acquiescement, désapprobation, reconnaissance d’une heureuse formulation… Les items non retenus ici (108) comme ceux qui ont été retenus pour cette présentation succincte, au nombre de 13, peuvent vraisemblablement se mettre en rapport avec certains aspects de la pensée du poète. Mais je laisserai ce soin aux personnes qui connaissent beaucoup mieux l’œuvre que moi. Parmi les items retenus le rapprochement le plus facile à faire entre une sentence et l’état d’esprit de Jaccottet est, me semble-t-il, le n° 5 où les mentions de « fleurs », « fruit » et « tronc » (arbre) sont bien proches de l’imaginaire du poète et de sa quête.

 

« Notre vie est du vent tissu »

Si je reviens à l’exergue d’Airs, je constate que cette sentence n’est pas pointée dans ce volume des Pensées de 1954 ayant appartenu au poète (« La vie et la mort », « tissu » et non pas « tissé », p. 354). Il est vraisemblable de penser, au vu de la date d’édition – 1954,  et des documents l’accompagnant, que Jaccottet possédait déjà ce livre bien avant la mise en forme définitive d’Airs en 1967. L’édition donnée en 10/18 par Georges Poulet, dont il a lui-même fait le compte rendu la même année 1966, lui a certainement rappelé l’intérêt de ce texte en le lui faisant parcourir à nouveau et en le lui faisant « redécouvrir » cette sentence finalement choisie pour la mise en exergue, sans pour autant lui donner « le besoin » de la revoir et de la pointer dans l’édition de 1954, en admettant qu’il l’ait à nouveau consultée, ce qui semble bien ne pas être le cas car il aurait lu « tissu » et non pas « tissé » comme dan l’édition Poulet de 1966. Dans la  notice biographique de cette édition, p. XVII-XVIII, Poulet a suivi « la seule édition complète », celle d’André Beaunier (Gallimard, 1938) puisque lui-même a préféré lui aussi classer les textes selon l’ordre chronologique. Et, hélas, l’édition Beaunier donne la leçon « tissé » (1814, p. 796)… contrairement au texte de l’édition originale des Pensées donnée par Chateaubriand (Paris, 1838), contrairement à celui de l’édition donnée par Paul Raynal (Paris, Didier et Cie, 1861) etc…

« Coquille » d’imprimeur ou « correction » totalement injustifiée ? Quoi qu’il en soit, sauf erreur ou omission de ma part, aucun chercheur, aucun commentateur de l’oeuvre du poète ne semble avoir relevé ce point. En tout cas, aucune note n’apparaît à ce sujet dans l’édition de la Pléiade. Est-ce trop chicaner de ma part en insistant sur ce point qui, selon moi, impacte nécessairement et « dénature » en partie la belle épigraphe de Jaccottet, une mise en exergue étant justement le moyen de souligner et de mettre en valeur ce qui va suivre .  

Je pense en effet que le poète aurait bien préféré « tissu » le terme effectivement « vieilli ou littéraire » (Cnrtl) au moderne « tissé ». La mise en exergue d’un terme du XVIIIe siècle employé encore par Lamartine et Victor Hugo, de par sa patine, établissait une sorte de lien émouvant, de continuité entre les époques et leur sensibilité, ce rapprochement entre l’esprit de la sentence et le titre d’Airs devenant un acte ponctuel de « poésie transitive entre hier et aujourd’hui » comme le dit si bien Mme José-Flore Tappy dans son Avant-propos à l’édition des Œuvres.

Le recours à l’édition fautive de Beaunier nous permet au moins d’apprendre que cette Pensée de l’année 1814 a été inspirée à Joubert par le texte de Job, VII, 6, 7 :  Dies mei velocius transierunt quam tela a texente succiditur… Memento quia ventus est vita mea… (6. Mes jours ont passé plus vite que la toile n’est coupée par le tisserand… 7. Rappelez-vous que ma vie est un souffle… La Sainte Bible, Le livre de Job, trad. de l’abbé H. Lesêtre, Paris, P. Lethielleux, s.d.). 

Par ailleurs, je dois signaler aussi que j’ai relevé p. 215 la sentence suivante simplement pointée (/) et donc non reproduite en raison du choix qu’il fallait opérer :

Remplir un mot ancien d’un sens nouveau, dont l’usage ou la vétusté l’avait vidé, pour ainsi dire, ce n’est pas innover, c’est rajeunir. On enrichit les langues en les fouillant. Il faut les traiter comme les champs pour les rendre fécondes, quand elles ne sont plus nouvelles, il faut les remuer à de grandes profondeurs. (C’est moi qui souligne. « Les chemins de l’écriture »).

La mention de la conservation d’un mot ancien rajeuni par l’écrivain lui a manifestement plu. Cette conception de « réemploi » n’est pas à mettre exactement en rapport avec la mise en exergue de la formule par le poète car c’est d’abord dans le sens de la continuité « vent tissu » / Airs qu’il l’a choisie. Mais elle montre bien son intérêt pour le sujet. De plus, la liaison entre les langues et les terrains à labourer ne pouvait qu’être bien reçue dans son imaginaire.

 Je regrette que le choix de cet exergue par le poète ait été « gâté » – bien malgré lui – par la mauvaise leçon d’un éditeur.   Lisons donc  : Notre vie est du vent tissu.

***

« Si je me suis égaré

conduisez-moi maintenant

heures pleines de poussières »

Airs, Voeux I, p. 79

 

 

14 juin, 2023

Rachel et le fauteuil de Molière

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 8:02

 

Rachel et le fauteuil de Molière :

sur l’exemplaire de « Phèdre, tragédie de Racine »

ayant appartenu à la tragédienne

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         La plaquette éditée à Paris par Barba en 1818 de format in-8° porte la belle reliure des livres de la bibliothèque de Rachel : un veau blond glacé orné de trois filets dorés sur les plats. Le majuscule gothique frappé à chaud orne le centre du plat supérieur. Le dos de la reliure a néanmoins été endommagé en tête et en queue avec la perte d’un peu de cuir. Sous le faux-titre est bien collé l’ex-libris gravé du R encerclé par une ceinture fermée portant la devise « Tout ou rien ». Il semble que ce soit à partir de 1848 que Rachel a commencé à utiliser un papier à lettres marqué de cette façon. Ce véritable chiffre « princier » a peut-être été reporté à la même époque sur les reliures soignées de ses livres. Au sommet de la page de titre figure une note écrite à la plume : « Conforme à la brochure de la Comédie Française », note suivie d’une signature.

Sylvie Chevalley, auteur de la biographie de l’actrice (Rachel, « J’ai porté mon nom aussi loin que j’ai pu », Calmann-Lévy, 1989 ), intitule le chapitre consacré à l’année 1843 : « Au sommet de la gloire : Phèdre ». C’est bien souligner l’importance que la reprise de cette pièce eut dans la carrière triomphale de la comédienne. On apprend d’après Alfred de Musset la valeur qu’elle accordait à ce rôle dès 1839 : « C’est le plus beau rôle de Racine ; je prétends le jouer. » Il paraissait difficile à une jeune fille de vingt et un ans de tenir un tel rôle sans « de longues études et une grande expérience de la scène ». Mais le pari fut tenu et Théophile Gautier nous dit que ce 21 janvier 1843 « le succès fut immense ». Il est aujourd’hui émouvant pour nous de pouvoir feuilleter le livret sur lequel elle a travaillé et qui l’a conduite au pinacle.

***

La vente de la bibliothèque de Rachel eut lieu peu de temps après son décès le 3 janvier 1858 comme en témoigne le titre du catalogue :

« Succession de Mlle Rachel. Catalogue des livres composant la bibliothèque littéraire et dramatique de Mlle Rachel : dont la vente aux enchères publiques aura lieu à Paris, Place Royale, les lundi 26 et mardi 27 avril 1858… Par le ministère de Me Hayaux de Tilly… [S. l., s. n.], 1858. (Catalogue visible sur le site « Open Library » d’Internet Archive). Néanmoins notre volume porte au verso d’une page de garde la mention suivante écrite au crayon : « Acheté à la vente Gross du 28 janvier 1861″. Il est vraisemblable que le volume, vendu en 1858, soit repassé en vente en 1861.

Quoi qu’il en soit, les notices du catalogue sont rédigées d’une façon très succincte et ne comportent pas de  mentions relatives à la reliure. Sur les 25 « Pièces de théâtre ayant servi à Mlle Rachel pour l’étude de ses rôles » (p. 18 et 19), 5 seulement sont censées comporter des notes autographes à l’encre ou au crayon.

La pièce de Phédre en notre possession est bien citée mais sans aucune mention de notes. Elles n’étaient peut-être pas assez nombreuses ou « dignes d’intérêt » pour le rédacteur des notices. Il est néanmoins surprenant qu’il n’ait pas remarqué les vers barrés à la plume à la fin de la pièce. Il est vrai que les sept interventions manuscrites au crayon ne sont en réalité que quelques mots écrits au sommet des pages par exemple p. 13 : « 1 femme et Panope » (Acte I, sc. 1), ou p. 56 « 1 garde sort » ( Acte V, sc. 4). Curieusement, les vers pointés au crayon noir, de même les mots soulignés au crayon rouge ne sont jamais des vers ou des mots appartenant au texte du rôle de Phèdre.

***

Après avoir barré complètement de quatre traits à l’encre la scène 7 de l’acte IV  (« Oenone, seule », deux vers), vers aujourd’hui intégrés à la fin de la scène 6, elle intervient – toujours à l’encre – sur la « Scène IX et dernière » de l’acte V aux pages 60, 61 et 62 que nous présentons maintenant :

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Elle supprime ainsi les vers 1601 à 1616 (Thésée  : « Son trépas à mes pleurs offre assez de matières… Ne me saurait payer de ce qu’ils m’ont ôté ») et inscrit à l’encre le mot « Fin » au bas de la page 61. Elle supprime ensuite les vers 1647 à 1654 (Thésée : « Allons, de mon erreur, hélas ! trop éclaircis… Son amante aujourd’hui me tienne lieu de fille ») page 62.

***

Le fauteuil de Molière

Mais au-delà de ces annotations et des vers supprimés par Rachel, une surprise nous attendait à la page 13 (Acte I, sc. 3). Nous comprenons que ce petit dessin de fauteuil aux traits à peine esquissés ait pu échapper au travail rapide du rédacteur du catalogue. Le petit dessin de ce fauteuil, car il s’agit bien d’un fauteuil, a été tracé en face du titre de la Scène III :

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L’édition Barba de 1818, comme l’édition du texte en Folio/Gallimard à laquelle nous nous référons (édition de Raymond Picard), porte bien la mention entre parenthèses « Elle s’assied » à la fin des premiers vers du texte de Phèdre. Le lien est donc clair. Nous avons souligné ces traits sur une photocopie de la photo afin que l’ensemble soit bien visible :

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Quelles « raisons » ont pu pousser l’actrice à esquisser un tel dessin ? Quel « intérêt concret » pouvait-il avoir dans l’étude du rôle, sauf relativement à la manière même de s’asseoir à ce moment ? Il est ainsi très émouvant de voir aujourd’hui Rachel avoir fait une petite « pause » dans l’étude se sa pièce… en rêvant un instant au célèbre fauteuil devenu une icône de la Comédie Française.

Le fauteuil de Molière fut « en service » jusqu’en 1879, date à laquelle il fut décidé de le protéger après une vie bien mouvementée et de le remplacer par une copie (S. Chevalley in : Revue de la Comédie Française, n° 1, sept. 1971). Il est pourtant peu vraisemblable que Rachel se soit assise sur ce fauteuil de légende à cette occasion. D’autant plus que dans la relation que Gautier donne de la première représentation nous apprenons qu’il lui a semblé voir dans le jeu et la présence sur scène de la tragédienne « non pas mademoiselle Rachel, mais bien Phèdre elle-même »… tout en déplorant le mauvais goût du décor et particulièrement « ces affreux fauteuils de comptoir qui ont des serviettes dans le dos« … Nous voilà donc bien renseignés ! Mais il est impossible de ne pas faire un lien entre le petit dessin de ce fauteuil et le fauteuil de Molière car cette esquisse lui ressemble tout à fait. Comment pourrait-il en être autrement ?

***

Les traces « techniques » laissées par Rachel sur son exemplaire personnel nous informent sur sa lecture et le travail qu’elle a accompli dans l’apprentissage de son rôle. Mais ce petit dessin nous touche certainement plus profondément encore car il nous permet de nous immiscer dans l’imaginaire intime de celle qui voulait « Tout ou rien », c’est à dire avoir la possibilité de s’asseoir dans le fauteuil du maître, réellement ou de façon symbolique en accédant à la célébrité.

Alain Collet

10 janvier, 2023

L’Amour, la Peinture ou La Lettre à Alyse

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 0:06

 

L’AMOUR, LA PEINTURE

OU

LA LETTRE À  ALYSE

 

                                                                                                                                                                                             7 juillet …∞…

Alyse, votre lettre de fraicheur, toute enroulée d’eau, d’ombres, de lumières et de profondeurs marines – où je mêle, pour mon plaisir, vos cheveux aux algues – est arrivée hier matin.

Serez-vous donc, blonde aux sables, celle que j’attends depuis si longtemps, mi fraiche, mi chaude ? Cela est-il possible de détacher du temps quelques instants de beauté ? Je n’ose trop y croire ni au chant du vent qui pourtant caresse parfois mon oreille.

Mais pourrai-je vous dessiner ? Si non vous regarder et vous écouter. Pourtant, je sais ce que je veux faire, sur le papier blanc et glacé, seules quelques ombres très modelées qui devraient être la justesse même par la précision et les valeurs, le reste glissant dans la lumière : les ombres n’étant qu’un piège à capter l’espace, à l’ordonner, à le ponctuer, à le faire circuler. C’est ainsi que vous deviendriez paysage, terre, ciel et mer ! Pour toute glisser dans le pur espace, il faut que vous soyez très blonde, sinon dépourvue de toute fourrure. Vous êtes-vous déjà faite épiler … ? Il me semble que vous ne pouvez ignorer ces beautés très secrètes. J’ai beaucoup regardé ces temps derniers les femmes de l’Ecole de Fontainebleau, blondes et parfaitement nues dont rien ne vient arrêter la beauté de la ligne, si ce n’est quelque perle.

Mais, il faudrait faire de très nombreux dessins  et nous n’en aurons hélas guère le temps ; comme le chinois, je vous regarderai pour vous recréer après, ou je ne prendrai que quelques notes, j’allais écrire de musique.

Oui, je reste ici tout l’été, …  et … sont parties dimanche. Je prendrai peut-être 15 jours de repos en septembre et 15 jours à … fin octobre début novembre. Arriverez-vous à venir un peu ?

Je ne pense pas que vous aillez intérêt à faire … cela fait trois ans d’études qui ne vous amèneront pas beaucoup d’avantages ici. Mais si vous venez vous installer à …, ce ne sera pas difficile de vous trouver quelque chose.

Je vous imagine mal, O très blonde, dans cet antre pestilentiel …  ainsi qu’au milieu du crépitement cruel des machines à écrire, mais, par contre, je devine fort bien la main de fer dans le gant de velours, ne doutant pas de votre pouvoir d’autorité.

Ecrivez-moi, Alyse, j’aime vos lettres et je pourrai vous répondre. Je dispose maintenant que … est fermé, de quelques loisirs et je peux enfin lire dans cette merveilleuse bibliothèque où je n’avais jamais eu le temps de mettre les pieds.

J’embrasse vos mains et votre front près du sourcil

                                                                                             […]

 ***

merAlyse

« C’est ainsi que vous deviendriez paysage, terre, ciel et mer ! »

***

Apostille n° 1

Comme une fleur qui s’ouvre, Si belle,

Comme le temps qui s’avance mais n’efface rien,

Comme quelques notes, j’allais écrire de musique,

Comme une Lettre à Alyse au capricieux destin,

Ainsi

Libre et multiple.

 (A. C.)

Apostille n° 2

« La peinture ni l’amour n’existeraient sans la mort, qui nous incite à fixer et à aimer d’amour (deux activités peu naturelles) ce que jamais on ne verra deux fois. L’art et la passion, ces deux formes d’intérêt suraigu, sont par essence morbides. Une race d’immortels n’auraient ni musées, ni passion d’amour. Elle vivrait dans l’instant, sans jamais cristalliser ». (Le verbe aimer et autres essais. Rêver d’un musée, Claude Roy).

 

merAlyse

Apostille n° 3

 » La métaphore est à la pensée ce que la perspective est à la peinture. Elle élargit la vision en rapprochant les lointains, et nous rappelle que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent ». Crescendo, Catherine David.

16 décembre, 2022

La Primaudaye, Henri de Navarre, Shakespeare et compagnie

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 15:58

 

     La Primaudaye, Henri de Navarre, Shakespeare et compagnie

Une curieuse, rare et tardive édition de l’Académie française

de Pierre de La Primaudaye  en 1626

 

Soit l’édition suivante, découverte récemment :

« L’Institution de l’homme, de sa vie et meurs, pour heureusement vivre en tous estats, P. L. S. D. L. B. – A Paris : chez Guillaume Loyson, 1626. – 8° », les initiales développées signifiant « par le Seigneur de La Barrée » soit, en clair, Pierre de La Primaudaye. La mention « Avec Privilege du Roy » figure sur la page de titre sous la date.

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    Un seul exemplaire est à ce jour répertorié dans une bibliothèque, celui de la Folger Shakespeare Library à Washington D. C., aux Etats Unis (R. Arbour, 12255).  D’après le Répertoire de Roméo Arbour[1], qui recense les éditions des textes littéraires de l’ère baroque en France, de 1585 à 1643, cette édition de 1626 semble bien être la dernière, à ce jour, identifiée avant 1643. L’exemplaire ici étudié est donc – sauf erreur ou omission de notre part – le second exemplaire connu.

     Par ailleurs, le dos de la reliure en vélin rigide présente, en tête, entre les nerfs, non seulement le titre manuscrit mais aussi la mention manuscrite « HOMELIE » suivis de mouchetures à l’encre noire  disposées en quatre rangées de haut en bas. Le plat supérieur comporte les initiales « B. P. », en capitales. La page de titre de cette édition comme le curieux décor de cette reliure posent quelques questions auxquelles nous allons essayer de répondre.

En effet, comment est-il possible que, cinquante ans après la première édition du premier tome de l’Académie française donnée en 1577 à Paris par Claude Chaudière, ouvrage ayant connu une grande notoriété pendant plusieurs décennies, celui-ci soit réimprimé (une dernière fois ?) de façon quasi anonyme avec un titre tronqué  correspondant en fait au sous-titre de l’édition originale et de celles qui vont suivre ?

     Mais avant d’entrer plus en détail sur ce point, il est nécessaire de revenir à l’éditeur, Guillaume Loyson (1617 ? – 1651). La page de titre possède un belle marque d’imprimeur gravée sur cuivre qu’il faut décrire : « Sa marque estoit un emblème de l’Amour, représenté par un bucher allumé par deux Amours, sur lequel est le globe du monde, & sur ce globe, une salamandre dans les flâmes, avec ces paroles : Nous brûlons le monde, en brûlant je vis, c’est pour le conserver »[2].

     En relevant le peu d’informations que l’on peut trouver sur cet éditeur, nous nous apercevons que l’édition de l’Académie française est une entreprise pour ainsi dire familiale remontant au tout début du XVIIe siècle. Guillaume Loyson, reçu maître en 1618 était, depuis 1614, le gendre de l’éditeur Claude de Monstr’œil (1551 ? – 1604).

     Nous pouvons ainsi partir de l’édition de l’Académie de Claude de Monstr’œil en 1602, avec, au colophon, la mention suivante : « A Paris, de l’imprimerie de Denys Langlois, 1602 » (BnF : n° FRBNF39056572), mention qui figure aussi – sans la date – dans l’édition de 1626 [3].

     L’édition reparaît ensuite « chez la vesve Claude de Monstr’œil » en 1610, avec le même colophon, montrant par là que la page de titre avait été rafraîchie pour une nouvelle mise en vente des exemplaires restés en stock (Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne).

     Vient ensuite l’édition du gendre Guillaume Loyson, de 1626, dont le nombre de pages du texte, 693, est identique à celui des éditions précédentes, avec aussi la mention de l’imprimeur Denys Langlois, mais ici sans la date. (Folger Shakespeare Library, BJ 1520. L3. 1626. Cage. Aucun privilège du roi n’est signalé dans la notice de cet exemplaire, mais peut-être s’agit-il d’un oubli).

     La bibliothèque Folger conserve en effet aussi une autre édition « furtive » du même auteur, à la même date, celle du Troisième tome de L’Académie française, présenté de la même façon, sans les mentions explicites de l’auteur et de son oeuvre, mais avec celle d’un privilège (« Avec privilège du roy ») :

« Les diversitez naturelles de l’univers, de la création et origine de toutes choses : divisez en douze journee[s], P. L. S. D. L. B., 1626. – A Paris : chez Claude Loyson, 1626. – 8° ». (R. Arbour, 12170) ; (Folger (252-669 q) , (BN S. 26245 et R. 33871).

***

     Guillaume Loyson a vraisemblablement bénéficié d’une « continuation de privilège », exclusivité – moyennant paiement – qui pouvait atteindre plusieurs décennies au XVIIe siècle. Si l’entreprise est en règle, semble-t-il, du côté de la législation en cours (les éditions ne sont pas des contrefaçons), le fait que par deux fois le nom de l’auteur n’apparaisse plus en clair est néanmoins curieux.

     Pierre de La Primaudaye (1546 – 1619), seigneur du fief de La Barrée, lieu-dit de Touraine, est issu d’une famille d’Angevins protestants. Il fut successivement gentilhomme de la chambre d’un prince, François, duc d’Alençon, frère du roi, puis de deux rois, Henri III et Henri IV. Il ne semble pas avoir souffert directement de ses convictions religieuses durant la difficile période des guerres de religion que traversa la France dans la seconde moitié du XVIe siècle. Il fut même député des protestants en 1610 en qualité d’ancien de l’église de Tours en 1610.

     L’Académie française est éditée en 1577, la Suite de l’Académie en 1580, la Troisième partie en 1581. Toutes les éditions sont dédiées à Henri III. Les deux premiers volumes de l’œuvre paraissent pendant les années de la 6e et de la 7e guerre de religion, respectivement mai – septembre 1577 puis 1579 – 1580.

     Malgré les désordres politiques et les conflits religieux, malgré la guerre, le roi catholique fait alors preuve d’intelligence et de tolérance en acceptant la dédicace de Pierre de La Primaudaye, en accordant la protection et une gratification de 3000 livres à l’érudit tenant lui aussi de la Réforme l’imprimeur Henri II Estienne pour la publication de la Précellence du langage français (1579), l’invitant même  à demeurer à la cour. Mais le développement des antagonismes réciproques et particulièrement la responsabilité d’Henri III dans l’assassinat du  duc de Guise le 23 décembre 1588 conduiront à son propre assassinat le 1e août 1589. Henri IV devenu roi de France promulgue l’édit de Nantes en avril 1598. Le traité ouvre ainsi une période de paix (relative) après 36 ans de guerres de religion.

     Malgré les compromis, l’édit de Nantes est plus un cessez-le-feu qu’un véritable « traité de paix civile ». Louis XIII accède au pouvoir en 1610 après l’assassinat d’Henri IV. La distinction qui de fait va devoir s’opérer entre le politique – le principe d’une organisation de la vie en société, ici la loi du roi – et le domaine du religieux – censé relever de la sphère privée – ne peut se mettre en place que très progressivement.

     Les tensions demeurent. Les parlements régionaux tardent à enregistrer l’édit, comme celui de Rouen qui ne procèdera à cet enregistrement qu’en 1609. Le parti protestant reste puissant et trouvera son principal chef en la personne du duc Henri de Rohan (1579 – 1638). L’affaire du Béarn (1617 – 1620), où toutes les dispositions de l’édit de Nantes n’étaient pas respectées par les réformés, puis les trois guerres successives menées par Louis XIII dans le sud-ouest et le sud de la France contre la rébellion huguenote, guerres aussi appelées « de Monsieur de Rohan », respectivement de 1621 à 1622, de 1624 à 1625, puis de 1627 à 1629, montrent à quel point la situation était précaire pour le roi désireux d’asseoir son entière souveraineté sur tout le pays. Avec la capitulation de La Rochelle en octobre 1628 puis celle d’Alès en juin 1629, la paix d’Alès enfin met un terme à ces nouvelles guerres civiles.

     Le cardinal de Richelieu accède au pouvoir en 1624. Sa mise en garde du danger que constitue pour l’autorité du roi le parti des réformés avec leurs assemblées politiques et leurs places fortes conforte la détermination du souverain.

     Il est ainsi plausible de supposer que, déjà à l’issue de la première guerre de 1621 à 1622, puis dans un environnement encore lourd de menaces et de conflits qui conduira à la seconde guerre, de 1624 à 1625, l’éditeur Guillaume Loyson ait préféré ne pas mettre directement en valeur le nom de Pierre de La Primaudaye malgré la reconnaissance dont il avait pu bénéficier plusieurs décennies auparavant.

     Subreptice remise en vente d’un ancien texte en faisant paraître cette édition comme une « nouveauté » auprès d’un public nouveau moins averti car on ne peut écarter l’objectif purement commercial, ou prudente autocensure dans le contexte très particulier que nous avons décrit ? Il nous semble que ces deux démarches ont pu fonctionner ensemble d’autant plus qu’elles ne peuvent que se conforter habilement en faisant d’une pierre deux coups.

***

     Le décor de la modeste reliure en parchemin rigide attire aussi notre attention. Au premier abord on croirait voir un semis de larmes, mais disposé « à l’envers », ce qui ne peut être. Il s’agit en fait de mouchetures d’hermine à l’encre noire (de sable) ordonnées 4, 3, 2, 1, le meuble héraldique de l’hermine présentant en effet de nombreuses variations selon le temps, le lieu et l’auteur sans qu’il y ait pour autant une signification autre qu’esthétique. Ce décor renvoie au blason de la Bretagne, « D’hermine plain ». Il est ainsi fort probable que le possesseur du livre vivait soit en Bretagne, soit en était originaire.

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     Il n’est pas indifférent de relever ici, pour conclure, que le seul exemplaire de cette rare édition de l’Académie française conservé dans une bibliothèque certes privée mais accessible au public appartienne à la Folger Shakespeare Library. Cette bibliothèque conserve deux autres exemplaires du premier volume de l’Académie (1577 ?, 1608) ainsi que quatre exemplaires de la Suite.

     L’Académie française, réunion littéraire de quatre gentilshommes angevins désireux de converser sur de graves sujets politiques, philosophiques et religieux a peut-être été, parmi d’autres, le point de départ de la comédie de Shakespeare Peines d’amour perdues (vers 1594).

     La scène se passant en Navarre, il est possible aussi que la comédie fasse allusion au déplacement de Catherine de Médicis et de Marguerite de Valois sa fille auprès d’Henri de Navarre en 1578 –  déplacement postérieur d’un an à l’édition de ce premier volume de l’Académie (1577).

     Mais ces rapprochements, même fondés, nous entrainent bien loin des sujets d’importance traités par l’auteur adepte de la religion réformée. Il appartenait à Shakespeare de s’en emparer et de convertir joyeusement une réunion aux objectifs sérieux en farce débridée.

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 A. C.

 


[1] Romeo Arbour, L’ère baroque en France : répertoire chronologique des éditions de textes littéraires, Deuxième partie, 1616-1628, Genève, Droz, 1979.

[2] Jean de La Caille, Histoire de l’imprimerie et de la librairie, où l’on voit son origine & son progrès, jusqu’en 1689, A Paris, chez Jean de La Caille, 1689.

[3] Notre exemplaire ne possède pas ce colophon car il lui manque les 15 dernières pages sur les dernières 41 pages complètes de la collation qui comprennent cet achevé d’imprimer et l’index. Manquent aussi les pages 281 à 294 qui ont été arrachées. La collation, [6], 693, [26 (au lieu de 41)] p., est néanmoins identique pour le reste à celle de la bibliothèque Folger, y compris les erreurs dans les signatures.

7 novembre, 2022

Un bibliophile lyonnais du XVIIIe siècle : Jean-Philibert Peysson de Bacot

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 18:27

 

 Un bibliophile lyonnais du XVIIIe siècle :

Jean-Philibert Peysson de Bacot

 

La découverte récente d’un volume in-folio des Œuvres du juriste René Choppin (1537 – 1606) portant sur son contreplat supérieur l’ex-libris armorié de son ancien possesseur nous amène aujourd’hui à évoquer Jean-Philibert Peysson de Bacot (1… – 1770).

Il fut officier à la Cour des monnaies de Lyon en 1734 et procureur de cette même cour en 1752. Il se constitua une bibliothèque qui comptait 1750 titres lorsqu’elle fut vendue en 1779. Son ex-libris gravé sur cuivre est le suivant : « D’or au chevron de gueules sommé d’une croisette du même, au chef d’azur chargé d’un poisson d’argent », portant l’inscription : « Procur. General en la Cour des Monnoyes de lion ».

Au XVIIIe siècle, « on a estimé qu’une bibliothèque privée était d’importance moyenne, dès lors qu’elle répond à ce double critère : faire l’objet d’un catalogue ; ne pas dépasser 1000 titres » (Michel Marion, in : Histoire des bibliothèques françaises T. 2. Les bibliothèques sous l’ancien régime, 1530 – 1789 (Cercle de la Librairie, 2008).

Ce Catalogue aux 1750 numéros (A Lyon, chez Jacquenot, 1779), qui dépasse largement les mille items, est bien un indice de l’importance de cette collection à l’échelle de son possesseur puisqu’elle se situe déjà dans « la fourchette haute ». Cette bibliothèque ne peut évidemment pas rivaliser avec celle du marquis de Paumy puis d’Argenson (1722 – 1787) qui rassembla une collection de 100 000 volumes, ensemble jamais réuni par un particulier à la même époque. (Cette bibliothèque constitue aujourd’hui le fonds principal de la bibliothèque de l’Arsenal à Paris).

Cette collection lyonnaise n’en est pas moins riche de manuscrits et  d’imprimés importants ou rares qui sont « à la hauteur » des plus belles bibliothèques, princières ou non. Nous allons en donner un simple aperçu en nous reportant aux numéros du catalogue numérisé que l’on peut consulter sur internet. Nous ne citerons ici que les manuscrits, les incunables expressément datés et des éditions de la première moitié du XVIe siècle, essentiellement. Les personnes désireuses d’en savoir plus peuvent consulter le catalogue en ligne (BM de Lyon/Google books).

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Nous trouvons sous le n° 294 « Les Œuvres de René Choppin, trad. du latin, Paris, Guignard, 1662, 5 vol. in-fol. ». Le volume découvert, en reliure d’époque en basane, a pour titre : « Commentaire sur les coustumes de la prévosté et vicomté de Paris… Composés en latin par M. René Choppin… Tome III, A Paris, chez Jean Guignard, 1662, 2° », ce volume étant le troisième tome de l’édition complète du n° 294. Il faut donc constater que ce volume est bien un volume aujourd’hui malheureusement dépareillé.

MANUSCRITS :

En ce qui concerne les manuscrits, on relève six manuscrits liturgiques latins : un missel romain (n°73) et cinq livres d’heures enluminés (n° 79, 80, 81, 82 et 86) auxquels s’ajoutent deux manuscrits d’œuvres  profanes : un manuscrit des Comediae de Térence (n° 723, « manuscriptus papireus, 2° ») et un manuscrit n° 920 intitulé « Alexandri Magni fabulae, manuscriptus membranaceus, 4° ».

Les manuscrits français sont au nombre de quatre :

N° 799 : Codicille de Jean de Meung, manuscrit sur vélin, avec des lettres en or, 4°.

n° 800 : Le songe de la Pucelle, en vers françois… manuscrit sur papier, 2°.

Poème moral du XVe siècle conservé aujourd’hui à la BnF (n° 12789).

n° 943 : Le Champion des dames, ou critiques du Roman de la Rose, composé en vers, par Martin [Le] Franc…, 2°.

n° 1166 : Légende dorée… de Jacques de Voragine. Manuscrit sur vélin, 2°.

Citons enfin pour mémoire le manuscrit italien

n° 876 : Poesie satiriche del Dotti, manoscritto, 4°. [Bartolomeo Dotti, 1651 - 1713].

 

IMPRIMES :

Le catalogue cite douze incunables datés :

Les n° 1 (Biblia sacra, 1478, aujourd’hui conservée à la BM de Lyon, Pellechet, inc. 118), 185 (Maillard, 1500), 587 (Pline, 1473), 652 (Tortelius, 1477), 724 (Térence, 1499), 732 (Virgile, 1480), 763 (Catulle, Tibulle…, 1481), 770 (Martial, 1482), 873 (Federico Frezzi, 1481), 942 (Francesco Colonna, 1499), 963 (Baudoin comte de Flandres, 1478), 965 (Aulu-Gelle, 1469).

Nous signalons enfin plus particulièrement ces éditions du XVIe siècle :

N° 78 Horae (impr. sur vélin,1522), 94 Horae (impr. sur vélin, 1522), 186 (Quadragesimale opus declamatum, Olivier Maillard, 1508), 187 (Sermones Dominicales, O. Maillard, 1516), 188 (Sommarium quoddam sermonum de sanctis, O. Maillard, 1516), 189 (Novum diversorum sermonum O. Maillard, 1508 ou 1509), 190 (Sermones quadragesimales, Michel Menot, 1526), 191 (Fructuossimi sermones, Gabriel Bareleter, 1507, 193 (Gemma praedicantium, Nicolas Denuze, 1522),

482 (La nef des princes & des batailles de noblesse, Symphorien Champier, 1502), 578 (La Nef de la santé, Nicolas de La Chenaye, 1507), 676 (Institutiones oratoriae, Quintilien, 1521), 758 (De rerum natura, Lucrèce, 1514), 778 (Les Triomphes de la France, Charles Curre, trad. de Jean d’Ivry, 1508), 796 (Le Roman de la Rose… translaté de rime en prose par Jean Molinet, 1503), 797 (Le Roman de la Rose, 1538), 863 (Sonetti & cansone, & triumphi…, Pétrarque, 1512), 933 (Le Grand roi de Gargantua, 1532), 944 (Le Labyrinthe de Fortune, Jean Bouchet, 1522), 960 (Histoire de Palmerin, Jean Maugin, 1513), 961 (Histoire du chevalier Tristan, 1514), 1270 (Historia di Milano, Bernardino Corio, 1503), 1299 (Les Passages d’Outremer par les François, Sébastien Mamerot, 1518).

Si le destin des ouvrages les plus précieux peut éventuellement être connu – comme celui de la Biblia sacra (n° 1, 1478), comme celui aussi du manuscrit français Le songe de la Pucelle (n° 800), pour ne citer qu’eux – il est vraisemblable que le destin de la plupart des autres n’est plus aujourd’hui directement repérable s’ils ne sont pas dans un fonds public ou mis à nouveau en vente chez un libraire contemporain. Bon nombre d’ouvrages moins rares ou moins recherchés des XVIIe et XVIIIe siècles ont certainement connu le destin des Œuvres de René Choppin aujourd’hui dépareillées et livrées à la brocante. Une fois de plus, les livres, comme les hommes, ont leur destin, souvent malheureux.

La possession d’une douzaine de manuscrits médiévaux, dont six en latin, enluminés, signale de fait les moyens importants du collectionneur et son goût, au-delà du contenu liturgique et pieux, pour l’art de l’illustration et peut-être la recherche et la comparaison des différents styles ou peintres éventuellement identifiés.

Jean de Meung (1240 – 1305), Martin Le Franc (v. 1410 – 1461) et la traduction française de la Légende dorée de Jacques de Voragine (1228 – 1298) montrent tout son intérêt pour les grands textes de la littérature médiévale en français. Il est intéressant de noter que s’il ne possède pas un manuscrit du Roman de la Rose de Guillaume de Loris et Jean de Meung, il possède néanmoins deux éditions anciennes de  ce texte  (n° 796, 1503 et n° 797, 1538). Ces deux éditions sont à mettre en rapport avec le manuscrit du Champion des dames de Martin Le Franc (n° 953) car cette oeuvre est une « critique » du Roman de la Rose, un plaidoyer en faveur de l’honneur des femmes malmené dans la seconde partie du célèbre Roman.

Parmi les incunables les plus rares et les plus connus, il faut citer Aulu-Gelle (entre 123 et 130 – v. 180) auteur des Noctes atticae dont Peysson de Bacot possédait l’editio princeps (n° 965, 1469), et Francesco Colonna (1433 – 1527) auteur du célèbre roman illustré Hypnerotomachia Poliphili (n° 942, 1499), autrement dit Le Songe de Poliphile, fameux voyage onirique vers l’île de Cythère.

Sur les 23 ouvrages de la première moitié du XVIe siècle que nous avons retenus, les 9 premiers ont un caractère religieux (2 livres d’heures : n° 78 et 94 ; 7 divers sermons : n° 186 – 191 et 193). Le moine franciscain et prédicateur Olivier Maillard (1430 – 1502) est le plus représenté (4 éditions). En ce qui concerne les éditions de ces sermons, il est difficile de savoir si ces œuvres ont été acquises pour leur contenu proprement dit ou pour le caractère de leur ancienneté (reliure, typographie…).

Sur les 14 textes restant, 10 sont des romans français (historiques, de chevalerie…), œuvres rares imprimées au début du XVIe siècle (n° 482, 578, 778, 796, 797, 933, 944, 960, 961 et 1299). Parmi eux, outre les deux éditions du Roman de la Rose déjà citées, il faut souligner la présence du rarissime livret de colportage intitulé Le Grand roi de Gargantua, les grandes chroniques du grand et énorme géant Gargantua [.] Pantagruel, les horribles et épouvantables faits  de Pantagruel, fils de Gargantua, Lyon, Nourry, 1532, 8° (n° 933), le fameux texte anonyme dont Rabelais s’est inspiré pour créer son œuvre.

 ***

Dans la succincte évocation de cette bibliothèque, nous nous sommes principalement intéressé aux ouvrages les plus anciens et à la littérature française. En pourcentage, les sections du catalogue se répartissant de la façon suivante : Théologie (13, 5 %), Jurisprudence (12, 8 %), Sciences et Arts (10, 8  %), Belles Lettres (22, 2 %), Histoire (40, 5 %), nous nous apercevons que c’est la section de l’Histoire qui emporte de fait les suffrages du collectionneur. Cette section précisément, comme l’ensemble de cette bibliothèque, mériterait une étude approfondie.

En ce qui concerne les objets de notre recherche, nous constatons que Jean-Philibert Peysson de Bacot a véritablement eu le goût, le désir et les moyens de se procurer des manuscrits enluminés et de rares et beaux témoins du premier siècle de l’imprimerie, alliant son goût de la bibliophilie à son vif et principal intérêt pour le « roman national » et peut-être aussi l’histoire de la langue. Ce choix du collectionneur explique peut-être l’absence presque totale des éditions des poètes français du XVIe siècle, hormis la présence des Tragédies de Robert Garnier (n°833, 1597) quand on relève dans le domaine italien les noms de l’Arioste, du Tasse, de l’Arétin, de Dolce, de della Porta  et pas moins de quatre éditions de Pétrarque en italien de 1512 à 1582 (n° 863 à 866).

Le fait est encore plus flagrant si l’on fait une comparaison avec le Supplément du catalogue qui recense les 522 éditions d’un plus modeste collectionneur dispersées au même moment, celle de « feu Monsieur Jouvencel, ancien conseiller en la cour des monnoies », où on relève les noms de Joachim du Bellay, Octavien de Saint-Gelais, Estienne Jodelle, Clément Marot, Mellin de Saint-Gelais, Ponthus de Thiard, Rémy Belleau.

peyssona1

Habent sua fata libelli

 A. Collet

 

 

 

   

26 septembre, 2022

« Rose », contre-emploi, par Andrée Séguin

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 23:37

 

Rose, contre-emploi, par Andrée Séguin

Nous présentons ici un poème extrait du recueil Dans ma tour d’Andrée Séguin publié à Paris par Messein en 1937. Nous n’avons trouvé à ce jour aucune information sur cette écrivaine dont c’est peut-être la seule oeuvre. A l’époque du surréalisme, l’année même où Man Ray et Paul Eluard éditent chez Jeanne Bucher Les Mains libres, le recueil présente des poèmes rimés d’une facture très conventionnelle même s’ils font preuve d’une grande sensibilité de la part de l’auteur.

Un sonnet se détache cependant : Rose (p.123). Du poète gallo-romain Ausone (v. 309 – v. 395, Les Roses de Paestum) à Paul Celan (1920 – 1970, La Rose de personne), de Guillaume de Lorris et Jean de Meung (XIIIe siècle, Le Roman de la Rose) à Ronsard (1524 – 1585, Mignonne allons voir si la rose), pour ne citer qu’eux, le mot de « rose » a connu une immense fortune à la fois métaphorique et poétique.

L’évocation de la rose est depuis longtemps celle de la beauté naturelle fragile qu’il faut protéger et apprécier avant qu’elle ne disparaisse inéluctablement. La rose revêt très vite et quasiment en même temps l’image de la jeune femme aimée. Dans ce contexte pour ainsi dire obligé de la tradition, l’image est d’abord l’appréhension de la beauté teintée de nostalgie, repoussant le plus loin possible l’idée et la réalité de la mort sur laquelle néanmoins elle se fonde. La métaphore est un écran de mots destiné à voiler les crimes de la mort.

Le sonnet d’Andrée Séguin détourne l’image habituelle en faisant de la rose une victime impuissante, lucide, sans illusion sur son destin, loin de tout appareil factice de mots pour cacher la réalité ultime. La rose perd là sa profondeur symbolique et poétique qui lui permet de repousser loin de nos yeux, dans le puits de nos escamotages, la face grimaçante de la mort. Elle (re)devient un item vivant, comme tous les autres, destiné à sombrer.

Nous pouvons observer aussi une autre inversion des valeurs en la présence de la cruauté teintée d’inconscience de la protagoniste qui étonne dans ce recueil intitulé Dans Ma Tour dont on peut facilement faire l’anagramme en Tant D’aMour. Non seulement la rose se désole de son destin naturel, mais elle doit supporter la cruauté de l’effeuillage gratuit de son être. Elle devient un souffre-douleur.

ROSE

 

Pourquoi l’effeuillas-tu cette rose d’automne,

Et pourquoi roules-tu maintenant dans tes doigts,

D’un geste indifférent dont mon âme s’étonne,

Ces pétales nacrés qui t’aimaient, je le crois.

 

Peux-tu voir sans regret toi, si tendre et si bonne,

Cette tige encor verte et ce cœur pris de froid

Qui dans sa nudité montre un or qui frissonne,

Comme un espoir tremblant qu’anéantit l’effroi.

 

Tu ne sais même pas ce que tu viens de faire,

Ton sourire est ailleurs et la rose a péri,

La rose dévêtue adorant son mystère.

 

La rose qui ne peut que souffrir et se taire,

Sachant que pour mourir surtout elle a fleuri

La chambre intime après le jardin solitaire.

L’emploi de l’adverbe surtout présentant ici la mort comme « une option » clôt d’une façon grinçante le sonnet. Ironie noire… Cette Rose d’Andrée Séguin qui meurt déjà doublement, de par sa nature même d’être vivant et comme fleur précocement coupée destinée à « fleurir » une chambre, meurt une troisième fois dans son effeuillage.

A. Collet

 

 

 

 lettre5                                                          lettre3

 

 

2 janvier, 2022

Manuscrit Chamillart de La Suze

Classé dans : Non classé — aulivrebleu @ 17:11

Manuscrit Chamillart de La Suze

« Sommaire

de l’histoire universelle

auquel est déduitte l’histoire particulière de tous les

peuples du monde selon qu’on en peut avoir

cognoissance par les bons livres ».

      Le manuscrit anonyme intitulé Sommaire de l’histoire universelle… appartint à Louis-François Charles Chamillart, premier marquis de La Suze (1751 – 1833). Il est l’arrière petit-fils de Michel Chamillart ministre des finances de Louis XIV. Son blason gravé sur cuivre, Ecartelé, I et IV, à une levrette d’argent, colletée de gueules, le chef d’or, chargé de trois étoiles d’argent (Chamillart) ; II et III, fascé-nébulé d’argent et de gueules (Rochechouart) figure sur le premier contreplat de l’ouvrage. Par sa mère il se trouve être aussi le petit-fils de Germain-Louis Chauvelin (1685 – 1762), garde des sceaux de Louis XV. 

chamblason

Le manuscrit petit in-folio sur papier, relié en parchemin, possède 452 pages (plus deux pages de tables) ; il peut être daté du milieu du XVIIe siècle. Sa petite écriture régulière et apparemment soignée, mais en pattes de mouche, est difficile à lire. Il alterne les parties sans ratures ni ajouts en marge avec d’autres où de nombreux passages sont biffés, corrigés en marge ou entre les lignes, ce qui rend la lecture encore plus difficile. 

Ce manuscrit était-il destiné à être imprimé ou était-il la compilation personnelle d’un amateur érudit ou d’un professeur susceptible d’en utiliser la matière, très dense, pour des cours à l’usage d’étudiants ? Quoi qu’il en soit, l’ouvrage nous semble avoir demandé un énorme travail de recherche et de composition. Il est regrettable que nous ne puissions en connaître l’auteur. 

Nous présentons ici De l’ancienne Gaule, p. 421 – 430. Suivent ensuite Des Gaulois en Illirie et Trace, p. 249 – 250 et De la Gaule soubs les Romains p. 431 – 437. Les mots entre crochets signifient une lecture vraisemblable. Les points de suspension entre crochets les mots encore  à déchiffrer. Les lettres ou les mots en italique sont des interventions de notre part.

De l’ancienne Gaule (p. 421)

Quoy que les Gaulois ayent remply toute la terre de leur nom et qu’il[s] s’i soyent fait admirer à toutes les nations du monde  par leur courage et adresse si n’ont-ils peu rencontrer dans les siècles passés un historien qui ait discouru soigneusement de leur origine de leur gouvernement, estat et actions.

 Que si quelqu’ un de ces fameux  écrivains d’entre lesquels les Romains ont parlé d’eux, ce n’a été que par rencontre, c’est que leurs actes leur ont donné occasion de faire que les histoires anciennes sont bien pleines de leur nom mais nulle ne contient leur histoire encor que négligence est cause que nous n’avons la plus grande partie des faicts avant que les Romains les ayent vaincus et qu’ils ne prirent conjectures et équivoques des anciens auteurs une histoire assés complète [de leur nation qu’il n’i en a point de plus parfaicte entre toutes les anciennes[1]]en lesquelles la généalogie de leurs princes, leurs actes généraux et leurs plus particuliers faits se trouvent aussi clairement marqués comme ont été ceux des Grecs et Romains et leur donnent une antiquité  si que celle qu’il fut encor que on sache que les lectres ne manque[nt] parmy les Celtes.

Or de tous ces discours nous ne prendrons que ce qu’il y a plus d’aparance ou pour mieux dire nous ne mettrons ici que les mensonges qui ont esté receux avec plus de consentement et de croyance et disons que le nom de Celte qui est le plus ancien nom des Gaulois est un nom si général qu’il s’estent sur tous les peuples qui habittent depuis la mer Major[2] jusques aux Alpes et en la mer Ibérique.

Les Grecs les ont aussi apellés Galathes mais leur plus commun nom est Gaulois dont l’étimologie ne se doit chercher dans l’hébrieu, grec ou latin mais dans la langue gauloise qui nous est maintenant incognue. Quant à leur gouvernement ancien sçavoir s’il estoit monarchique ou de plusieurs ou s’il estoit composé comme l’estat de l’empire où maintenant[3] plusieurs princes souverains sont parties d’un mesme corps qui est aussi souverain se tant est qu’on puisse mettre différence entre deux souverainetés nous n’en pouvons rien dire d’assuré y ayant maintenant quelque aparance qu’ils eurent plusieurs sortes de gouvernement dans les Gaules puis que nous oyons souvent parler de leurs assemblées générales de leurs princes, mesmes souvent de leurs

/422/ démocraties comme aussi des nations entières qui dominoyent sur les autres, des rois électifs, des héréditaires, des autres qui changeoyent avec la volonté des peuples.

Mais toutes ces choses ne touchant que soit par le récit de leurs […], les laisserais pour parler seulement de leurs actions les plus vraisemblables. Par le consentement universel de tous les [auteurs] Samothès ou Dis est le père de tous les Gaulois. On dit que ce Samothès des plus proches descendans de Noé suivit Janus son père ou son cousin en Italie d’où il vint aux Gaules où il establit un royaume du temps de Nembrot[4] et aprint une doctrine particulière de laquelle depuis les druides s’en réservèrent


[1] Ligne raturée dans le texte. [2] La mer Noire. [3] …où maintenant plusieurs princes … [4] Nembrot ou Nimrod.

la congnoissance et la gardèrent entr’eux par le moyen de la cabale. Samothès ou plus tost Magus son fils édifia aussi plusieurs viles et fut la source de tous les rois que le faux Manéthon[1] et Bérose[2], Annius de Viterbe[3] et plusieurs tels resveurs ont conservé la généalogie de père en fils. Après luy Sarron , Drius et son fils proche, ses descendans fondèrent l’ordre des druides ou philosophes gaulois. Drius fut père de Bardus autheur de la poésie, de la musique, d’une plus experte cognoissance de la religion et de l’histoire car il en dressa une […] afin qu’elle peut estre plus facilement aprise par le peuple et conforme à la postérité. Avant lequel temps on trouve quelques viles fondées en Gaule par d’autres princes comme Trebeta, fils de Ninus[4], qui étant chassé de Ninive par Sémiramis vint bâtir Trèves aux Gaules long temps depuis laquelle car nous ne nous arresterons pas au temps de la généalogie de ces premiers princes.

Narbo fils de Galathes[5] bastit Narbonne. Mais six années après celuy Galathes regnoit sur les Celtes qui vainquit les Sarmates qui vouloyent entrer en son païs, envoya des peuplades par toutes les parties et acquit tellement l’amour de ses subjets qu’on croit que pour l’amour de luy les Gaulois quittèrent leur nom ancien de Celtes. Ce ne fut pas loing de son règne que l’Hercule [grege] ou plustost le Gaulois combastit en premier Aegion et Belgion[6] enfans de Neptune et célèbres voleurs. Je dis l’Hercule Gaulois  parce que toutes les nations du monde avoient choisi d’avoir des Hercules et pour cela ont donné ce nom à tous leurs hommes forts et vaillans n’y ayant pas aparance qu’un seul homme des anciens d’une vie médiocre eut peu avoir tout le monde et achever tant de belles entreprinses et tant plustot active que les Grecs ont ramassé les gestes des grands hommes qui avoient vescu au monde pour l’attribuer à leur Hercule[7].

On dit que les Afriquains commencèrent ce commerce et qu’un d’eux y ayant

/423/ mené de grandes colonies édifia Vienne aux Allobroges pour estre la métropole de toutes les Gaules et y [dressa] un sénat pour juger de tous les différents qui y pourroyent survenir. La venue de cest Afriquain fut trois cens ans avant celle des Phocenses[8] le[s]quels chassés de l’Asie par les cruautés des Perses l’an de Tarquin l’ancien[9] et cherchant quelque lieu pour pouvoir habiter en asseurance arrivèrent en ceste plage où depuis ils bastirent la vile de Marseille où ils attachèrent leurs batteaux, descendirent à terre et invités de la beauté du lieu et de la faveur que Senanus[10]  roy de la Gaule Narbonnaise leur portait ils y fondent cest[e] vile qu’ils façonnèrent à la grecque en loix langues et coustumes et luy donnèrent de si bon fondemens qu’elle a depuis esté une des premières viles des Gaules tant en grandeur qu’en police et mesmes en  maniement des armes.

Ainsi ceste vile faisant de grands acroissemens et fourmillant en richesses et en peuple excita la jalousie de ses voisins qui luy coururent sus conduits par le fils de Senanus apellé Comanus[11] qui ne


[1] Manéthon de Sebennytos, historien égyptien du IIIe s. av. J. C. [2] Bérose, dit Bérose le Chaldéen, né à Babylone entre – 340 et -  323. [3] Annius de Viterbe (1432-1502) publia en 1498 une histoire en cinq livres sous le nom de Bérose. [4] Trebote légendaire fondateur de Trêves, fils de Ninos roi d’Assyrie. [5] « Narbo ou « Harbon fils de Galates duquel sont nommés les Gaulois » d’après Lemaire de Belges, T. I, éd. Stécher, 1882. [6] Albion et Bergion. [7] En marge : « Après cest Hercule que les anciennes fables font venir Francus fils d’Hector aux Gaules auquel finissent ces anciens historiens mais où l’on fait commencer une nouvelle race de rois que nous ignorons maintenant ». [8] D’après Adon, archevêque de Vienne (800 – 875), Venerius, africain banni de son pays, aurait fondé la cille de Vienne.  Les Phocéens, habitants grecs de Phocée en Ionie (Asie Mineure), prise par Cyrus le Grand en – 546. [9] Tarquin l’ancien ( 616  -  578 av. J. C.). [10] Senanus, roi légendaire des Gaulois Liguriens et Salyens. [11] En – 572.

suivoit pas les traces de son père comme il arrive peu souvent que les affections des pères passent dans celle des enfans mais la foule de ces peuples qui avoit couru à la ruine des Marseillois fut desfaitte par un petit nombre de Phocéens se servant de l’ordre qu’ils avoyent porté de la Grèce et par le gain de ceste battaille accrurent la juridiction et leur crédit en sorte qu’ils jettèrent de leurs colonies en beaucoup de lieux, civilisèrent leurs voisins, leur communiquèrent leurs arts et les sciences grecques et leur ostèrent l’humeur barbare et furieuse […] auparavant.

C’est là comme les Grecs parlent. Toutefois il y a aparence que les Gaulois en ce temps là ne furent pas si barbares qu’on les descrit et qu’ils peurent bien apprendre la civilité grecque des Phocenses encor qu’ils eussent aussi parmy eux des loix, des sciences et de courtoisie ce qui est aparant parce qu’alors les Gaulois avoyent des rois celtes, des rois précédens qui estoyent chef[s] de puissantes républiques excellemment bien gouvernées comme il est  puisque sans l’ordre elles n’eussent pas peu si longtemps maintenir la concorde entr’eux et y estendre leurs conquestes par tout le monde.

Car nous trouvons par toutes les bonnes histoires qui écrivirent le temps de l’édification de Marseille [que] Ambigat[1] régnoit en Berry et en la pluspart des Gaules. Après qui vint Bituriges son fils qui édifia Bourges lequel voyant que les Gaules estoyent trop peuplées fit deux troupes des Gaulois pour aler conquérir chacun une nouvelle habitation leur marquant le païs où il voulut qu’ils alassent faire leur demeure. Belovese[2] nepveu d’Ambigat fut conducteur de celle d’Italie à qui les Alpes d’abord peurent faire croire qu’on leur avoit donné le pire, mais voyant à la descente d’icelle[s], la beauté du terroir, la fertilité d’iceluy, le vin qu’elle produit et les autres avantages dont la nature avoit gratifié en ce temps l’Italie par-dessus les Gaules, jugea et bien à propos qu’il avoit eu la meilleure part. Ce qui leur fit 

/424/  conquérir avec valeur et s’y establir avec soin en y formant des estats qui depuis ont fait trembler l’estat romain. Ceste conqueste contenoit depuis les Alpes jusques au Pô et comprenoit mesmes la Ligurie et un peu de la Toscane tout cela sous le nom d’Insubrie ou Gaule cisalpine qui estoit un païs que les Gaulois remplirent de belles viles comme Milan, Parme et Crémone et plusieurs autres qui sont encore en grand lustre en Lombardie. Segovese[3] son frère qui avoit eu le septentrion en partage ne rencontra pas de passages si rudes que Belovese avoit fait mais aussi il ne trouva pas un païs si doux ni un climat si tempéré. Il falut qu’il combatte des hommes plus farouches et des courages plus à cors mais quelle difficulté qu’il y trouvât il ne laissa de fonder des royaumes considérables desquels l’ignorance des bonnes lettres ostère la mémoire. Seulement on conjecture que les Boyens[4] habittans de Bohème sont des restes de ceste armée et que les François qui depuis ont ocupé la Gaule en estoyent aussi descendus d’où vient que quelques faux historiens continuèrent les rois anciens gaulois, qu’ils ont imaginé depuis Francus[5] par ceux des Français qu’ils disent avoir régné en Alemagne. Mais pour revenir à Belovese  pour lequel on a plus de cognoissance que de l’autre nous dirons qu’il chassa Roctus roy de Toscane et le contraignit d’aller habiter aux Alpes [Lepuilliennes] et plusieurs autres Italiens s’enfuirent jusques en la Pouille. Après quoi il bastit des viles au-delà du Pô comme il avoit fait au cœur du païs puis arresta ses conquestes et les afermit au mieux qu’il peut. Le

[1] Ambigatos, roi des Bituriges de Bourges né vers – 600. [2] Bellovesos. Son historicité n’est pas avérée. [3] Segovesos. Son historicité n’est pas avérée. [4] Boïens. [5] Roi légendaire, fils puiné et mythique d’Hector.

passage de ce Belovese fut suivy de celuy d’Elitovius qui [fut] le second gaulois, traversa les Alpes avec  une armée qui ocupa Brixia et Véronne païs des Libuens[1].

Mais au mesme temps que Brennus[2] alait en Italie une autre grande troupe gauloise s’ala loger en Illirie[3] ou elle bastit de grandes viles et fit de puissantes colonies desquelles nous avons parlé ailleurs. Or les Gaulois y ont fait auparavant plusieurs colonies en d’autres contrées desquelles on ne peut pas parler avec tant de clarté que des précédentes comme celles d’Espagne qui a pour tesmognage le nom de Celtibere et de Portugal, celle de l’Albion qui y amène la religion des druides pour une marque assurée que les Gaulois sont sortis de Gaule et plusieurs autres trop longues à dire.

Mais ces Gaulois que Brennus avoit amenés furent incontinent employés par un prince toscan nommé Aruns[4] ausquels ceux de Clusium avoyent refusé obéissance tellement que Clusium fut assiégés par eux[5]. Ce que voyant les Romains qui jusques alors avoyent esté invincibles et qui estoyent les arbitres de l’Italie prièrent les Gaulois par leurs ambassadeurs de lever ce siège et n’occuper rien sur les aliés du peuple romain mais Brennus ayant veu un de ses ambassadeurs combattre pour les ennemis fit ce que les Romains demandoyent,

/425/ quitta le siège de Clusium mais ce fut pour aller à Rome vanger l’injure des ambassadeurs Romains. Il la print facilement après avoir battu l’armée romaine en chemin et [entrés, respandant un feu […]  enclos du Capitole, tout[6] la république laquelle il l’avoit réduite à racheter leur liberté avec l’or si le dictateur Furius Camillus[7] ne l’eut délivrée par le fer et n’eut vaincu les Gaulois qui croyent d’avoir tout vaincu.

Cependant dans la Gaule les Marseillais faillirent à se perdre pour avoir trop tesmogné d’affection aux affaires des Romains en leur ayant envoyé de l’argent pendant le siège. Ce bon office esmeut tellement leurs voisins qu’ils l’assiégèrent sous la conduite de [Carpandes]  longuement et inutilement. Depuis les Gaulois ne laissèrent pas d’envoyer de nouvelles colonies par tout le monde encor que le voyage de Brennus eut esté malheureux, la plus grande desquelles furent les trois troupes commandées par Cérétrius[8], Brennus et Achicorius qui se jettèrent en Trace , Illirie et Macédoine suivant la piste d’une autre grande armée commandée par Carabandes qui auparavant avait pillé à son aise les susdites provinces. Ceux cy acquirent une telle authorité au païs où ils se logèrent que tout ployait sous leurs armes et dépendoient de leur arbitrage ainsi que nous avons dit ailleurs. Un Belgius[9] suivit ces trois capitaines et acheva de dompter l’Illirie mais fut chassé de Macédoine. Et depuis se joignant avec plusieurs autres ala jusques au fond de la Grèce et de la Trace où il establit un assés grand royaume qui y a duré quelques races de quoy aussi nous avons desjà parlé. Mais pour achever le discours de ces diverses peuplades nous dirons que Lucterius[10] fit passer la mer aux Gaulois et qu’il forma dans la petite Asie le royaume de Galatie ou Gallogrèce par la crainte et consentement des princes voisins. Après lequel on parle encor d’une autre armée qui alant en Illirie et Trace soubs la conduite de Athé et


[1] […] Et les Boyens et ceux de […] y envoyèrent une nouvelle armée qui […] Et finalement ceux de […] Brennus remplit…l’Italie […] les Romains qui n’avoyent pas encore [douté] ce qu’ils valoyent]. (Passage en partie biffé, surchargé, confus). [2] Un des chefs des Senons (IVe s. av. J. C.). [3] Illyrie. [4] Arruns roi de Clusium (aujourd’hui Chuisi) en Etrurie. [5] En – 391. [6] « tout », du verbre toudre (tolir, moyen français), enlever, saisir, d’où : supprimer, faire disparaître ? [7] Marcus Furius Camillus, v. 446 – v. 365 av. J. C. [8] Cérétrius, chef gaulois… l’an – 281 fut chargé par Brennus d’entrer dans la Thrace. [9] Belfius. [10] Lutorios ou Lotarius.

 

Galathe se perdit entièrement par leur discorde après s’estre combatus d’une telle opiniatreté que les restes ne furent pas capables de poursuivre le voyage qu’ils avoyent entrepris. On dit que ce combat   vint en Italie l’an avant […] 226.

Laissant donc tous les Gaulois d’Asie et Illirie desquels nous avons parlé en leurs lieux souverainement, nous viendrons à ceux de l’Insubrie et à ceux qui avoyent brulé Rome le[s]quel[s] aquirent par ce moyen une telle réputation que toute l’Italie estoit comme leur esclave. Rome seule leur faisoit teste mais avec tant d’apréhension de leurs courses que l’on ne tenoit point les cérémonies ordinaires en la levée de leurs gens de guerre lorsqu’il s’agissait d’aller contre les Gaulois. 

/426/ […] [1] Et premièrement 23 ans après Camillus[2] dictateur pour la cinquième fois les chassa d’Italie.   Le dictateur Titus Pennus[3]  6 ans après les défit près la rivière d’Anien[4] où Manlius acquit le nom de Torquatus[5] pour avoir osté une chaîne à un Gaulois en duel, de là ils se joignirent aux Tiburtins quelques années puis avec les Toscans qui prêtèrent leur alliance à celle des Romains et avec eux ils furent [déceus…] par le dictateur Sulpitius[6].  Popilius[7] triompha d’eux quelques années d’après les ayant desfaits au païs latin et l’année d’après le consul Camillus[8] renouvella la victoire de son père en le[s] chassant  d’auprès de [Rome] et ce fut lors que Valerius Corvinus[9] acquit ce dernier nom  pour un corbeau qui s’estoit mis sur son casque combattant un Gaulois. Depuis joint avec les Samnites et Toscans, Decius Mus[10] fut contraint de se vouer à la mort avec quelques cérémonies afin que le démon  avec auquel il avoit donné son âme arrachast  la victoire des mains des Gaulois[11].

Mais un an après Cecilius[12] n’eut pas une pareille fortune car les Gaulois le vainquirent et tuèrent. Et Dolabella[13] son successeur au consulat eut la revanche de ceste victoire et les défit  avec tous leurs aliés. Après laquelle victoire les Romains estant vainqueurs de toute l’Italie et des Cartaginois donna le moyen et l’envie d’aller visiter les Gaulois Liguriens en leur païs et de passer le Pô qu’ils n’avoyent osé regarder qu’en crainte depuis que les Gaulois en avoyent habité les bords. Une autre guerre aussi grande que la précédente obligea aussi peu après les Romains  de faire un nouveau […].

Ce fut la nouvelle qu’ils eurent du grand aprest que faisoyent les Gaulois Transalpins pour venir piller l’Italie et desfendre leurs anciens frères Insubres. Ce furent les Gaulois Boyons qui passèrent les Alpes estant les premiers […] de tous leurs voisins. Les Romains donc pour les combattre hors de leur païs passèrent le Pô et alèrent à leur rencontre. La victoire fut pour eux. Les Gaulois et leur roy, Bretons y


[1]  Passage biffé qui comprend le commencement de la phrase à la fin du f. 425 : [La loy des exemptions estoit abolie, les prestres et les viellards  /426/ [qui estoyent francs de toutes charges ne les avoyent pas de celles des armes lors qu’on parloit du tumulte gaulois […] des quelques guerres que les Romains ont eu avec eux avant qu’ils ayent esté chassé en Insubrie et de la victoire desquelles ils ont fait un fort grand cas. Camillus le fils les desfit depuis après une guerre […] et les chassa de [Tivoli]. Torquatus qui avoit pris ce nom pour avoir osté une chaîne d’or à un Gaulois les battit aussi quelque temps après et c’est le […] qui les ait chassés de la campagne de Rome. Après lui Decius Mus fut contraint de se vouer à la mort avec des cérémonies afin que les démons à qui il avoit donné sa vie arrachassent la victoire des mains des Gaulois].     [2] Marcus Furius Camillus, de nouveau dictateur en -   367. [3] Titus Quinctius Poenus Capitolinus Crispinus, dictateur en – 361. [4] En – 361. [5] Titus Manlius Imperiosus Torquatus (né en – 400 ou vers – 380. [6] Caius Sulpicius Peticus, consul en – 364. [7] Marcus Popillius Laenas, consul en – 359. [8] Lucius Furius Camillus, en – 349. Consul en – 338. [9] Marcus Valerius Corvus (vers 371 – vers 271 av. J. C.). [10] Publius Decius Mus (vers 377 – 340 av. J. C.). [11] En – 340.  [12] Lucius Caecilius Metellus Denter, en – 283. [13] Publius Cornelius Dolabella, consul en – 283.

 

furent vaincus et contraint de retourner chez eux ou de vivre paisiblement avec les autres Insubriens. Mais peu après les Liguriens peuples gaulois commencèrent la guerre aux Romains qui fut peu de choses auprès de celle que les Gaulois Transalpins renouvellerait deux ans après par le passage de Congolitan et Aneroeste[1] la réputation duquel estonna plus les Romains que toutes les autres courses que leurs devanciers eussent faittes car ils armèrent plus de peuples contre eux qu’ils ayent jamais fait contre les Samnites ou contre les Cartaginois. La grandeur de leur armée peut aprandre la grandeur de leur apréhension car tout ce qui pouvoit porter les armes suivit  les consuls mettant ainsy encore un coup leur République et leur vile au hazard de se perdre s’ils eussent perdu la bataille. Les [Destins furent tenus] à leur grand nombre. Les Gaulois qui vouloyent vanger sur les Romains la peine de ceux qu’il[s]  avoient desfaits auparavant se laissèrent

/427/ vaincre après néanmoins un fort grand combat auquel le consul Attilius[2] mourut  et des deux généraux gaulois Congolitan fut tué et Aneroeste se tua soy-mesme.

Ceste desfaite arrivée au milieu de l’Insubrie ruina la puissance des Gaulois en Italie laquelle néanmoins ils disputèrent longtemps avant que tomber mais enfin il falut qu’ils fondissent tout d’un coup ayant été sapés de partout. Car à part ce combat Flaminius[3] emporta diverses victoires sur les Boyens qui habitoyent lors auprès de Boulogne et sur les Insubriens  lesquels Marcellus[4] l’espée des Romains contraignit enfin de se confesser vaincus après avoir emporté sur eux une fort grande victoire en laquelle il tua Virdoman[5] roy des Gessates de sa propre main et finit par ce beau coup ceste guerre qui avoit tant et si longtemps tenu Rome en cervelle[6].

Juste après les Gaulois pour montrer le peu d’amitié qu’ils portoyent aux Romains souffrirent que Hannibal passât dans leur terre pour les aller combattre en Italie. Ce fut alors que cest Hannibal termina comme arbitre le différent qui estoit entre Brancus roy des Allobroges[7] et ses frères touchant le gouvernement du pays. Car alors toutes les Gaules comme nous avons dit consistoyent en diverses principautés particulières qui néantmoins avoyent une assemblée générale et commune telle que pouvait estre celle des amphictionies[8] qui jugeait des affaires et des différens de tous ces princes. Hannibal  passé en Italie eut plusieurs avantages sur les Romains ce qui fit que les Gaulois Boyens vers Boulogne se voulurent remettre en leur première liberté y étans aussi invités par les exemples de plusieurs viles d’Italie. Pour cest [estat] ils tuèrent le préteur Posthumius Albinus[9] qui commanda deux légions laquelle exécution eut peu de suite non plus que celle des Liguriens suivie après de la desfaite d’Hannibal pour laquelle ils avoyent apellé d’autres Gaulois et receu les Afriquains qui croyaient rester en Italie.

Furius[10] les desfit tous au siège de Crémone[11]  et quelques autres. Car […] Valerius[12] et puis Minutius[13]  desfirent aussi et pardonnèrent aux Boyens qui s’estoyent révoltés desquel[s] le nom se perdit peu


[1] Anéroeste. Chef gaulois des Gésates (IIIe s. av. J. C. Avec Concolitan et le chef insubtien Britomar, il fut vaincu par les Romains à la bataille du cap Télamon (Talamone, en Toscane) en – 225. Anéroeste parvint à s’échapper et se suicida peu après. [2] Caius Atilius Regulus, – 225. [3] Caius Flaminius Nepos. [4] Marius Claudius Marcellus, – 222. [5] Viridomaros, tué à la bataille de Clastidium (Castegio), en – 222. [6] « Tenir qqn en cervelle » : lui donner des inquiétudes (Cnrtl). [7] Branéos, roi des Allobroges en – 218. [8] « Amphictyonie » désigne en Grèce antique une ligue à vocation sacrée. [9] Lucius Posthumius Albinus, -  216. [10] Lucius Furius Purpureo, préteur en – 200. [11] Bataille de Crémone gagnée par les Romains opposés aux Gaulois Cisalpins qui assiégeaient la ville, en – 200. [12] Lucius Valerius bat les Boyens en – 195. [13] Quintus Minutius Thermus, né vers – 231, consul en – 197, vainqueur des Boyens en -193.

 

après en Italie, ce qui a fait croire à plusieurs qu’ils s’estoyent retirés en Germanie et y avoyent donné au royaume de Bohème dont ils revindrent du temps de Jules César habitués aux Gaulois. On dit que ces Gaulois Boyens tenoyent le delà du Pô et les Insubriens le deçà. Les Liguriens après la desfaite que Furius[1]  fit d’eux prindrent encor les armes et tuèrent le consul Scipion et furent peu après :: ruinés par Cethegus[2] aussi bien que par les Boyens et Insubriens qui se [rendirent encor] ceste mesme année encor qu’ils ayent peu après donné encor sujet à un triomphe que fit Scipion Nasica[3] d’eux. Après cela Marcellus desfit les Gaulois qui ayant passé les montagnes [estoyent entrés] en Italie et les Liguriens furent desfaits par Paulus Emilius[4]  qu’ils avoyent assiégé dans son camp. Mais la paix qu’il leur donna dura peu si qu’ils prindrent les armes et tuèrent le consul Scipio et donnèrent beaucoup de peine à les  mettre soub le joug romain lequel néantmoins le consul Fulvius[5] leur fit prendre comme eux autres Gaulois d’Italie.

Maintenant l’histoire gauloise commencera d’estre  mieux cognue pour avoir plus de connexion avec la romaine d’autant qu’estans 

/428/ aprochés de leurs fonctions ils pouvoyent se mêler de leurs affaires plus facilement que lors qu’ils en estoyent si esloignés. La première occasion leur en fut donnée par les Marseillois. La [seconde] Rome, la vile desquels estoit dès longtemps aliée de celle de Rome et dès longtemps aussi estoit haye des Gaulois pour l’envie qu’ils portoyent à leur richesse et de ce qu’ils estoyent si bien avec le peuple romain. Lors donc que toutes les guerres insubrienes et ligurienes furent finies les voisins des Marseillois qu’on apelloit Saliens peuples gaulois ou comme d’autres disons de la Ligurie quatriesme ayant quelque chose à demeler avec ceste vile la vindrent assiéger et joignirent à leurs armées le secours des Liguriens Alobroges et Voconces leurs aliés.

Alors Marseille jugeant ne pouvoir divertir cest orage sans estre couverts des lauriers des Romains les prièrent de les venir secourir ce qu’ils firent d’autant meilleur cœur qu’il[s] s’aquitoyent par ce moyen de l’obligation des  anciens services des Marseillois envers eux et qu’aussi ce secours leur donnoit un[e] entrée dans les Gaules qu’ils avoyent si longtemps désirée. Fulvius Flacus[6] fut le chef de ceste entreprise qui desfit d’abord les assiegeans et remarqua si bien la beauté du païs et la facilité de battre les Gaulois dans leurs terres qu’il augmenta par le récit qu’il en fit l’envie que le Sénat en avoit conceu de longtemps. Sextius Calvinus[7] fut envoyé après luy lequel ayant eu un mesme succès contre les Saliens fit comme les bons ménagers qui pour ne perdre pas leur meubles les marquent de leur chiffre, luy aussi marqua la Gaule du signe que les Romains avoyent acoustumé de mettre aux païs qu’ils vouloyent conquérir qui estoit le dressement des colonies. Luy aussi bastit en Provence celle d’Aix qu’il apella de som nom et de celuy de sa situation Aquae Sextiae[8]. Le roy des Saliens


[1] Publius Furius Philus, en – 223. [2] Gaius Cornelius Cethegus, né vers – 203. [3] Cnaeus Cornelius Scipio Nasica (230 – 171 av. J. C.), en – 191. [4] Lucius Aemilius Paullus, en – 181. [5] Marcus Fulvius Flaccus, en – 123. [6] Marcus Fulvius Flaccus. [7] Caius Sextius Calvinus. [8] En – 122.

 

Teutomal [1]qui s’estoit retiré en Auvergne en vint cependant avec une grande armée composée des Auvergnats et Voconces que Domitius Aenobarbus[2] vainquit encor près de la Sorgue en un lieu dit Vindenulium[3]. Après luy Fabius[4] vainquit encor ces mesmes peuples auprès de Valence et print prisonnier Bistuit[5]  roy des Auvergnats ou comme d’autres disons Betulle roy des Allobroges par laquelle grande victoire le roy des Saliens et tous les autres princes ses voisins perdirent leurs souverainetés et les Romains suivant leurs anciennes coutumes ne firent de tant de peuples et de païs qu’une seule province qui contenoit […] depuis une grande partie du Languedoc que [Martius Narbo[6] vinquit peu après et y édifia Narbonne[7] de qui toute ceste province eut le nom], une partie du Daufiné jusques l’Isère et toute la Provence et mesmes la Savoye. Et ceste 

/429/ fut en telle estime parmy ceux qui sans i adjouter aucun apellatif ils la nommoyent la Province de laquelle mesmes ils estoyent aussi jalous que de l’Italie comme prétendant par l[à][8] un moyen de s’assurer de l’Hespagne et de conquérir la Gaule et la Germanie.

Ceste province leur donna bien tost de l’emploi pour la desfendre des Cimbres qui en ce temps ayant quitté leurs contrées septentrionales et aperçu les Gaules […] durant  et furent desfaits près d’Aix par Marius[9] en son quatriesme consulat après néantmoins qu’ils eurent fait périr beaucoup d’armes romaines comme nous avons dit ailleurs. Ce Marius fit le mesme aux Tigurins et Ambrons peuples gaulois qui alloyent chercher en Italie des logemens plus agréables que n’estoyent leurs demeures des Alpes. Leur desfaite fut au 6[e] consulat de Marius  pendant laquelle guerre Servilius Cepio[10] agrandit la province par des conquestes qu’il fit vers les païs des Tectosages et Tolosates en pillant Toulouse. Les despouilles de ceste vile luy furent malheureuses (car il fut desfait des Cimbres peu après) comme estant  le butin des temples de la Grèce qui avoyt aussi porté malheur aux premiers sacrilèges tellement que depuis l’or de Thoulouse est venu en proverbe aussi bien que le cheval de Sejanus[11].

Après quoi les Gaules demeurent entièrement en paix car l’histoire n’y remarque aucune guerre ne faisant mention ce temps là des Gaulois et rien de considérable si ce n’est la conjuration de Catilina en laquelle les ambassadeurs des Allobroges entrèrent au nom de leurs princes. * Mais Catilina ayant esté vaincu le Sénat [punit] par les armes […] la mauvaise volonté de ceste nation et la démonstration qu’ils avoyent faicte d’haïr le joug des Romains.  Toutefois les aprêts que les Alemans et Suisses


[1] Teutomatos, Teutomalios. Vers – 124-123. [2] Cnaeus Domitius Ahenobarbus (vers 165 – vers 104 av. J. C.), général et consul en – 122. [3] Vindalium. – 122. [4] Quintus Fabius Maximus, dit Allobrogicus, vers 164 – avant 100 av. J. C.  [5] Bituitos (ou Betulle) roi d’Auvergne, s’était allié aux Allobroges. – 121. [6] Martius Narbo est un nom fictif. Narbo Martius est le nom antique et latin de la colonie à l’origine du nom de Narbonne. Mots ajoutés en marge. [7] En – 118. [8] « par lun… ». [9] Caius Marius (157 – 86 av. J. C.) – 102. [10] Quintus Servilius Caepio, né vers – 150, consul en – 106. [11] Cneus Sejus, tué parc Marc Antoine. Aulu Gelle L. 3, ch. 9.

faisoyent pour envahir les Gaule furent[1] encore une puissante raison pour faire donner à Jules César le gouvernement des Gaules à quoy le Sénat enjoignit une seconde autant importante que la première qui estoit de s’enrichir des despouilles de ceste province et d’aquérir une réputation singulière de la conqueste d’icelle *[2].

Les contentions des [Aeduices] ou Authunois[3] contre les Auvergnats ayant donné le dernier branle à la perte de la liberté des Gaules, nous prendrons l’affaire de plus loing. C’est chose merveilleuse que lors que les destinées d’un estat aprochent alors les causes de sa ruine viennent des lieux ausquels on pensoit le moins. Ces deux peuples qui devoyent estre plus [intenses] à garder la liberté de leur patrie pour la grande authorité qu’ils y avoyent  furent les premiers […] pour y faire entrer les larmes. Or les Auvergnat

/430/ avant les batailles qu’ils avoyent perdu[es] contre les Romains avoyent la proéminence dans toutes les assemblées et la disposition des affaires qui regardoyent le général des Gaules. Mais les Authunois voyant que les malheurs passés les avoyent affaiblis comme c’est l’ordinaire que les princes trouvent plus tost dans l’adversité des spoliateurs que des consolateurs et des amis leur ostèrent dorénavant ceste authorité et se l’aproprièrent. Les Auvergnats ne pouvant d’eux-mesmes se remettre en ce droit qu’ils avoyent peut-estre usurpé sur quelque autre avec autant d’injustice apellèrent les Germains auquels la mémoire du voyage des Cimbres donnait envie de changer de païs.

Ces Germains doncques conduits par Arioviste leur roy ne demandant pas mieux que de venir piller les Gaules coururent au secours des Auvergnats et pour leur querelle destruire les Aeduins et les Sequanois et firent semblant après ceste desfaite de esfectuer ce pour quoy ils estoyent venus. Mais une nouvelle troupe de Germains les ayants joints ils absujetirent la Gaule sous eux-mesmes, habitèrent au païs des Séquanois et tindrent ainsy et leurs amis et leurs ennemis tributaires pour 14 ans.

Après cela un nouveau malheur cuida mettre les Gaulois en un plus misérable estat. Les Helvétiens à l’imitation des Tigurins cy dessus voulurent changer de demeure. Orgétorix[4] un de leurs principaux hommes leur fit follement mespriser par ses harangues la povreté et l’horreur de leurs montagnes qu’enfin il leur fit résoudre de bruler leurs 4 principaux cantons et mener toutes leurs familles jouir des douceurs de la Gaule. Avant quoy ils avoyent investi cest Orgétorix pour prétendre à la tirannie puis se mirent en chemin par le païs des Séquanois. Toutes ces causes concurrentes à la ruine des Gaules excitèrent à la fin les Authunois les plus  opressés de tous de recourir aux Romains ce que le Sénat escouta d’autant plus volontiers qu’il voyoit bien que par là l’empire des Gaules leur estoit présenté y ayant aparance que les Germains et Helvétiens vaincus les Gaules le seroyent aussi à cause de la discorde des princes d’icelle.

Ainsy ils donnèrent la commission à Jules César d’arrester les Helvétiens et chasser les Helvétiens ce qu’il embrassa avec  grand plaisir puis que par là le chemin d’aquérir de grands honneurs et de grands biens luy estoit ouvert. En effet en moins de rien il desfit les Helvétiens et les renvoya en leur païs. Il


[1] « Ils y envoyèrent pour cet effet le consul Cassius [ Lucius Cassius Longinus] qui fut vaincu par eux, ce qui fut …»,  biffé. [2] *…* :  Passage corrompu, biffures, surcharges en marge avec les mentions : « Alobroges », « Cotugnatus », « la bataille de Salon ». [3] Les Eduens. [4] Chef des Helvètes lorsqu’ils décidèrent de migrer vers la Saintonge en 61 av. J. C.

battit Arioviste[1] et le contraignit de repasser le Rhin, abatit les Belges qui trouvoyent du ressentiment pour la perte de leur liberté, subjugue les Sédunes[2] et Armoriques et Aquitains, passa en Germanie après avoir desfait les Tenctères et Usipettes[3], aborda la Grand Bretagne, i retourna et la vainque, l’année d’après vint à bout de la conjuration d’Ambiorix[4] et de la révolte des Gaules sous Vercingentorix[5] roy d’Auvergne et finalement le soumit, tout en 9 ans d’où il partit pour subjuguer sa propre patrie avec le fer et l’or des Gaulois comme plusieurs historiens disent.


[1] Chef germain (101 -  54 av. J.C. [2] Peuple celte établi en Valais central au Ier siècle  av. J. C. [3] Les Tenctères et Usipètes, peuples germaniques qui furent défaits au confluent de la Meuse et du Rhin en -  55. [4] Chef des Eburons, peuple belge du nord de la Gaule, au Ier siècle av. J. C. [5] Vercingétorix (vers 82 – 46 av. J. C.), chef et roi des Arvernes en – 52. La bataille d’Alésia eut lieu entre les mois de juillet et de septembre – 52.

 

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Des Gaulois en Illirie et Trace (p. 249 – 250)

L’an du monde …[1] les Gaulois voyant leur païs trop peuplé envoyèrent de leurs colonies en Illirie et Trace conduictes par Cambaulès[2] ce qui fut au mesme temps que Brennus[3] entra en Italie[4]. Un siècle après, ces pionniers furent suivis de trois troupes de Gaulois conduictes par Ceretrius, Brennus et Archierus[5] lesquels remplirent tout ce païs la Macédoine et la Grèce de la crainte de leur nom en façon qu’aucun n’osait [s’opposer] à eux. Belgius[6] y mena encor depuis une armée avec laquelle il acreut l’espouvantement que ces premiers y avoyent donné. Il fut toutefois repoussé de la Macédoine mais Brennus conducteur d’une autre armée desfit et tua Ptolémée Ceraunus[7] qui s’en disoit roy. Il fit le mesme à son successeur Sosthène et pilla en ce voyage presque toute la Grèce d’ici. Il se retira avec grand butin après avoir esté battu par les Phocéens en voulant piller le temple d’Apollon en Deslfe[8]. Ils l’avoyent aussi esté un peu auparavant en Macédoine par Antigone[9] qui pour cest action qu’on croyait impossible

/250/ fut fait roy de Macédoine. Brennus mourut au retour de ce voyage et après sa mort une troupe des siens passa en Grèce où ils fondèrent un royaume duquel on cognoit subséquemment trois rois. On dit aussi que ce fut alors que Lucterius enmena un[e] autre troupe en Asie et y establit le royaume de Galatie duquel nous avons parlé. Cependant des Gaulois d’Illirie qui avec deux de Trace qu’on croit avoir depuis pris le nom de Bastarnes[10] tenoyent toutes les provinces en subjection et mesmes leur crédit fut si grand que Conarus roy des Gaulois Traciens commanda les deffenses des princes d’Asie pour Bisance. Son prédécesseur avoit auparavant par un secours oportun empesché que les Siriens n’ostassent Attalus[11] roy de Pergame de son païs. On croit que Clondiqus roy des Gaulois Bastarnes[12] succéda à Conarus. Celuy cy estoit son assurance à Perseus roy de Macédoine[13] auquel les Romains faisoyent la guerre. Il le mesprisa par son avarice et s’en trouva fort mal comme nous avons dit. Depuis luy on parle de Dapiges que Crassus[14] lors qu’il avoit les Gètes et Daces au service d’Antoine[15]. Cest le dernier duquel on fait mention jusques aux Bastarnes qui au soulèvement général des peuples ont aidé aux autres à ruiner l’empire romain.


[1] Blanc laissé en suspens. [2] Vers 310 av. J. C. [3] Brennos. [4] Vers 387 av. J. C. [5] Acichorius. Certains auteurs pensent que Brennus et Acichorius sont la même personne, le premier n’étant qu’un titre et le second le vrai nom. [6] Belgius, Bolgios ou Bolg. [7] Ptolémée Keraunos (281 – 279 av. J. C.). Sosthène est le général de son armée. [8] Delphes. [9] Antigone II Gonatas (277 – 239 av. J. C.). [10] Confédération de peuples celto-germains. [11] Attale Ier roi de Pergame depuis 241 av. J. C. [12] Clondicus. Entre 179 et 168 av. J. C. [13] Persée roi de Macédoine (212 – 166 av. J. C.). [14] Dapiges roi des Gètes. Marcus Licinius Crassus (vers 60  – après 27 av. J. C.), proconsul de Macédoine en 29 av. J. C.  Il obtint le ralliement du roi géto-dace Rholès à Octave. [15] Ligne confuse en raison vraisemblablement d’un bourdon.

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 De la Gaule soubs les Romains (p. 431 – 437)

 

Après que Jules César eut subjugué la Gaule jusques à ce que Auguste l’eut divisée, il s’i passa peu de choses qui tesmoignassent que les Gaulois eussent envie de reprendre leur liberté quoyqu’ils eussent beau jour pendant les guerres civiles[1] et les désordres de l’empire romain. Au contraire ils furent tousjours fidèles à leur vainqueur et le servirent si bien qu’on crut que ces tresves des Gaulois principalement[2] luy avoyent fait vaincre le grand Pompée et la République romaine. Il n’i eut que la seule Marseille en toutes les Gaules qui se piquât du salut de la République romaine et encor croit-on que ce fut Domitien[3] qui face cause qu’elle fût si opiniâtrement pompéienne. César l’assiégea en alant en Hespagne et la print à son retour quoyqu’elle se desfendît extrêmement et que ce siège puisse estre mis dans les plus beaux de quoy on ait parlé.

Après la mort de César les Gaules furent quelque temps sans avoir affection pour aucun parti mais enfin son nom revivant en la personne d’Octavius[4] son nepveu elles se donnèrent à luy, soit pacifiquement ne ressentirent-elles [à] peine le mal que l’Italie souffrit en la conjuration des triumvirs. Munatius Plancus[5] lorsque les guerres civiles l’avoyent envoyé, y bâtit Lion et en fit la plus célèbre colonie de tout l’empire romain. Et de là toutes les Gaules se remplirent de colonies, de ce vient que tant de villes des Gaules se vantent encore d’avoir Rome pour mère. Peu après que les triumvirs eurent vaincu Brutus[6], les Aquitains se révoltèrent lesquels Auguste fit revenir à l’obéissance par les armes de Vipsianus Agri[pp]a[7]. Ceste victoire fit si bien recoignoistre la main d’Auguste par toutes les Gaules qu’ils souffrirent durement la nouvelle division qu’il en fit en quatre provinces. Cela toutefois n’empesche pas que les Gaulois ne fussent prompts à se rebeler à cause de l’avarice d’un certain Licinius[8] qu’Auguste avoit [commis] sur les tributs qui les tirannisa d’une telle façon qu’ils les contraignait de se révolter. Pour cest effet ils apellèrent les Germains pour venir à leur secours lesquels y vindrent avec autant d’espérance et de désir de s’en emparer que du temps d’Arioviste[9]. Mais Mélon[10] leur chef ne fut pas plustost entré en ceste province que Drusus luy venant au rencontre ne le desfit et ne luy fit repasser le Rhin et abandonner les Gaules sous la domination de leurs anciens maistres[11].

/432/ Ceste révolte apuyée sur les forces estrangères fut suivie d’une [courte] gauloise qui fut aussi inutile que l’autre laquelle arriva sous l’empire de Tibère. Julius Florus[12] et Sacrovir[13] armèrent les Authunois et Tréviriens[14] les deux peuples de la Gaule les plus puissans mais leur [escantre][15] ayant esté abandonné de […] furent desfaits sans grand combat et ainsi la Gaule fut apaisée et les autheurs de la sédition punis. Peu après Claude empereur abolit la religion des Druides qui estoit si ancienne qu’elle estoit née avant aucune déité des Romains et si révérée par les Gaulois Bretons et Germains qu’ils possédoyent entièrement les consciences de tous ses peuples. Toutefois ce mesme empereur esfaça l’injure qu’il avoit faitte à ceste nation en leur ostant leurs filosophes par la faveur qu’il leur fit les grands hommes de leur païs dans les rangs des maistres de la République romaine. Car en son temps et par sa volonté tous les Gaulois furent faits capables d’estre sénateurs et d’avoit par[t] aux honneurs de la République ce qui ne fut pas sans contraste puisque par ce moyen on ouvroit une grande puissance aux estrangers de maistriser la République et qu’on les admettoit aux honneurs qui jusques là n’avoyent  esté [destenus] que pour les citoyens naturels. Cest grand faveur n’empescha pas pourtant les Gaules de se révolter contre Néron mais ceste révolte fut plustost une recoignoissance de ce bienfait qu’une ingratitude puisqu’elle fait cause que la gangrene qui consumoit l’empire fut arraché[e]. Julius Vindex[16] gaulois estoit alors gouverneur des Gaules qui le premier de tous les capitaines romains fit soulever les légions et les peuples contre ce monstre. Toutefois il ne peut résoudre les humeurs qu’il avoit esmues d’autant que les légions de Germanie commandées par le plus grand homme qui fut en tout l’empire vainquirent ce Vindex mesmes contre [le consentement] de Virginius[17] leur général. Vindex se tua après ceste desroute mais pourtant quoyque les images et les auspices de Néron eussent esté victorieux [sur l’intant] ce bonheur ne tourna point au bien de Néron car les victorieux et les vaincus se joignirent aux légions hespagnoles qui peu après avoyent donné l’empire à Sulpitius Galba[18] leur général.

Une grande et nouvelle guerre troubla depuis toutes les Gaules et les païs voisins. [Ce furent les divers passages des armées devant les troubles suscités après la mort de Néron ce qui amène l’empire en les factions et désordres qui s’élevèrent en Gaule pour cela puis un certain][19] Macicus Boyen esleva un petit tumulte comme on entend gronder un tonerre avant que la foudre en suite. Cestuy cy se faisant apeller dieu et disant qu’il faisoit des [œuvres] divines ravit tellement les Gaulois en admiration qu’ils en oublièrent leur devoir et par ce moyen remplirent leur païs de beaucoup de confusions. Mais la divinité de ce Macicus eut une

/433/ éternité bien courte[20]. Sa réputation sa croyance et ses miracles esvanouirent en un moment et les esprits gaulois semblèrent s’acoiser pour un peu de temps afin d’estre plus rigoureux à faire un effort plus considérable pour les remettre en liberté. Toutes choses les y convioyent . L’empire ne sçavoit qui cognoistre pour chef. Les empereurs qui disputoyent l’empire sembloyent ne le mériter pas. Les légions estoyent sans discipline, les aliés sans obéissance et les estrangers sans respect. Ainsy toutes et quantes [fois] concurrents furent cause de la révolte des Gaules, de celle des Bataves et de la mutination des légions qui arriveront tout à la fois. Les Bataves et […] commencèrent soubs la conduite de Civilis[21] et [Brevis] Classicus Trevirois[22] et Tutor[23], de Langres[24], suivirent et adjoutèrent à ceste révolte le nom de l’empire des Gaules[25] par lequel ils faisoyent jurer tous ceux de leur parti et pour lequel ils croyent que toutes les nations s’esmouveroyent. Et en effet les Bataves recogneurent ce nouveau empire de Classicus. Les légions romaines prindrent le service d’iceluy estant mal satifaits du changement de leurs empereurs, de la conduite de leurs chef[s] et des pressions de leurs ennemis et toutes les Gaules leurs jurent obéissance. Mais le malheur fut pour ce nouveau empire que Vespasian[26] qui seul méritoit l’empire en demeura le seul possesseur. Et le respect que l’on porta à ses vertus pacifia et calma en un moment toutes les parties de l’estat tellement qu’il eut moyen d’envoyer contre les rebelles son parent Cerealis[27] lequel sans espandre beaucoup de sang esteignit le feu de ceste guerre tellement qu’après sa victoire et le pardon que Vespasian donna à tous, les rebeles légions revindrent à leur devoir. Civilis obéit volontiers et les Gaules reprindrent le mors comme ils l’avoyent auparavant ayant perdu Tutor et Classicus autheur de ceste rébellion.

De longtemps après on n’ouït parler aux Gaules que de paix hormis les courses que faisoyent par fois les Germains quand ils venoyent ravager l’empire romain tellement qu’on ne  parut dire un siècle durant que les Gaulois ayent tesmogné un aucun semblant de rebellion jusques à l’empire de Commodus[28]. Un Maternus[29] mit toute l’Hespaigne et les Gaules en confusion, voleur qu’il estoit il arma tous les voleurs, remplit tous les bois, guetta tous les grands chemins afin de nuire aux légions romaines qui gardoyent alors le dedans de ses provinces. Véritablement ses meschantes actions ne partageoyent rien moins qu’une fin généreuse et ceux qui jugent de la fin par les commencemens ou de l’humeur par les actions eussent été trompés en ce Maternus d’autant que son esprit pensoit à de plus grandes choses lorsqu’il commettoit ces voleries car voyant l’empire gouverné par un homme extrêmement lâche il se résolut de l’aler tuer et se mettre en la place croyant que son courage estoit plus nécessaire à la conservation de l’empire que l’efféminé

/434/ de Commode. Et peut-être un dessein si téméraire eut trouvé une heureuse fin par la laschetté des Romains de ce temps là s’il eût trouvé autant de fidélité à ceux qu’il employoit en ceste action qu’il avoit de générosité en son cœur. Mais il fut descouvert par ses satellites et [puny] en mesmes temps[30]. Cependant la commotion des Gaules ne s’arresta pas par sa mort. Ils vainquirent Claudius Albinus[31] lieutenant de Commodus puis les Gaulois s’arrétèrent tout d’un coup et luy favorisèrent dès qu’ils eurent apris qu’après la mort de Commode[32] les légions des Gaules l’avoyent esleu pour le chef de tout l’empire et le servirent contre Sévère que les légions d’Afrique avoyent esleu lequel [néantmoins] desfit Albinus dans la cinquiesme année de leur empire gagnant contre luy une grande bataille près de Lion[33]. Après laquelle Albinus fut tué par ses propres soldats et ainsy toutes les gaules furent réduittes en un moment sous l’empire de Septime  Sévère[34].

L’empire romain vint après la mort de Sévère en un estat auquel presques sont réduits tous les grands empires quand une puissante main n’en a pas la conduitte. Car la faiblesse de ses conducteurs [remit] la perte de ses frontières à tous les peuples septentrionaux qui en ce temps prenoyent plaisir à remuer mesnage. Les Gaules exposées au[x] courses des Germains et autres peuples en avoyent plus de peur que toutes les autres provinces pour estre comme abandonnées. En sorte que si Maximin[35] empereur après Alexandre[36] d’avance [n’eut] par sa bonne fortune [estrivé[37]] presques tout la nation germanique, dès lors les Gaules eussent esté le butin de ces barbares. Alors aussi un autre mal plus cruel que le précédent afligea les Gaules : ce fut la multitude des rivaus ou faux empereurs qui après la prison de Valerian[38] s’élevèrent contre son fils Galien dès que la Gaule en eut plus aussi que les autres provinces de l’empire. Le premier desquels fut Saloninus[39] fils de Galien lequel estant tué Cassius Posthumius[40] se mit en sa place lequel [nettoya] les Gaules des Germains et la desfendit contre Galien et Auréolus[41]. Il fut tué par Lellianus, celuy-cy le fut par Victorinus et Victoria sa femme collègues de Cassius Posthumus[42]. Quant à Victorinus[43] il fut [meurtry] en une sédition à Collogne après avoir résisté vertueusement à Galien et aux Germains[44]. Victoria demeura seule impératrice des Gaules[45] et s’y comporta en très grande princesse et mourant laissa l’empire à Tetricus[46] gouverneur d’Aquitaine qui l’ayant possédé cinq ans fut contraint de le céder à la victoire qu’Aurélian obtint sur luy à Chalons[47] et pour l’amour de la mutination de ces légions. Or le désordre de ceste multitude de tirans fut si grand qu’il contraignit les peuples et principalement les Acduices ou Authunois de se rebeller contre eux avec une telle opiniâtreté que ces derniers aimèrent

/435/ souffrir que Tetricus les destruisît après un long siège que d’adhérer à son empire. Ceste mesmes humeur reprit aux Gaulois après la paix qu’Aurélian establit en l’empire apellant encore les Germains pour faire la guerre par en semble à Tacite[48] successeur d’Aurélian. Les François desquels c’est icy le plus authentique commencement se joignirent aussi aux Gaulois. Mais Probus[49] à son avènement à l’empire desfit les uns et les autres, donna la paix aux Gaulois et rechassa si heureusement les nations estrangères dans leurs ancien[n]es demeures et pour obliger les Gaulois leur permit de [planter des] vignes bien que l’opinion la plus saine et commune soit qu’il y en avoit aux Gaulois beaucoup avant Probus. Mais comme après un grand tourment la mer ne devient pas incontinent calme quoyque les vents soyent apaissés ainsy cest orage passe. Les Gaules [connurent] du trouble par la révolte de Proculus et Bonose[50] qui glorieux d’avoir chassé les les Alemans qui venoyent fourrager ceste province en prindrent le nom d’empereur en l’absence de Probus lequel retournant promptement contre ces rebelles les vainquit et leur arracha après beaucoup de confusion. L’empire des Gaules, d’Hespagne, de Bretagne, toutes ces guerres, confusions et mangerie[51] furent cause qu’Aelianus et Amandus[52] firent soulever les Rustiques de la Gaule soubslevant des Bagaudes ausquels pourtant Dioclétian[53] l’empereur fit souffrir de plus grands maux que ceux desquels ils se plaignoyent.

Maximian[54] collègue de Dioclétian chassa encor les Alemans de la Gaule et contraignit par famine les Bourguignons et [Cheibonde][55] de se retirer. Mais le flux de ces nations ne se pouvoyent plus arrester ayant pris un tel branle qu’à mesure qu’une teste estoit coupée une autre renaissoit. Un flot n’estoit pas encor passé qu’un plus grand ne se poussât encor plus loin que le précédent. Et les empereurs de ce temps quel soin qu’ils eussent de l’empire et quel partage qu’ils eussent fait entr’eux pour le mieux desfendre si ne peuvent-ils empescher que l’empire ne fut enfin accablé sous les successeurs. Pour ce coup Constantin un des quatre empereurs nettoya encor une fois les Gaules des armées alemandes et peu après aussi celles des François [certains] desquels il exposa aux bestes.

Mais par une fatalité malheureuse alors que Constantius et Constantin son fils[56] et successeur en l’empire des Gaules et du monde eussent fait tant de bien en ceste province en la délivrant des estrangers, il falut néanmoins qu’elle servît encor de théâtre à une guerre civile contre un fidèle Maximian[57] qui vouloit ravir l’empire à Constantin après le lui avoir cédé. Il l’assiégea

/436/ dans Arles et l’ayant pris luy pardonna mais ses soldats le firent mourir craignant qu’il ne remît les Gaules en une nouvelle combustion. Ce grand Constantin estant venu à bout ainsy de tous ses ennemis partagea l’empire, le partagea à ses enfans et fit des Gaules les divisions desquelles nous parlerons cy après. Cest aise toutefois fut bientôt rompue par les désordres qui arrivèrent entre les princes et par la trahison de Maxence[58] Gaulois qui s’esleva contre Constans[59] et Constantin[60], tua le premier mais fut desfait par le second en une bataille à laquelle toutes les forces de l’empire restèrent sans qu’elles se soyent jamais peu relever ce qui fut cause qu’il falut que depuis ce temps l’armée romaine fut composée d’estrangers. Quand à Maxence il fuit aux Gaules ou son désespoir luy fit tuer père, mère, enfans et luy mesmes tellement que la grandeur de sa maison finit avec son espérance.

Julian[61] en ce temps là desfendit les Gaulois des courses des estrangers avec tant de bonheur et de réputation que comme un autre Jules César il en aquit l’empire sur son cousin Constantinus[62] mais sous ses successeurs les Gaules furent encor en un pire estat d’autant que quel soin que les capitaines de l’empire aprestassent à les [renforcer] des courses des estrangers si ne peuvent-ils empescher que les Vandales, les Alains, Slaves, Bourguigons, François, Gots ne s’y [logeassent] dont vindrent de telles combustions en Gaule qu’elle fut longtemps remplie de sang et de flammes et principalement lorsque Crocus[63] roy ou capitaine des Vandales toutes les viles des Gaules et mesmes assiégea l’empereur Maximin [?] dans Arles où pourtant il fut pris et depuis tué par l’armée romaine à quoy se joignit par surcroit de malheurs une guerre civile entre Constans[64] que les légions d’Angleterre avoyent fait contre empereur du temps d’Honorius[65] fils de Théodose[66] qui fut […] dans les Gaules. Ce Contans attaquant heureusement les Vandales fut desfait par Sejus[67] capitaine Goth partisan d’Honorius, lequel l’assiégea dans Valence. Il fut secouru par Geronce[68] avec les légions d’Angleterre et de quelques François. Après quoy Geronce s’estant fait empereur en Hespagne vint encor troubler les Gaules qui alors se trouvent divisées en quatre factions sçavoir [est] en celle d’Honorius qui sembloit estre la légitime, celle de Constantin et de Constance son fils, puis Géronce encore en coupait une partie et les nations germaniques et Scithiques en estoyent les principaux maistres. Lequel mal fut long et [mortel] car quoy que Constantius[69] beau-frère de Honorius eut fait pour relever l’empire qui se ruinoit si ne peut-il empescher qu’enfin les Gaules ne se divisassent entre les François Bourguignons et Goths qui en laissèrent la moindre part aux Romains.

/437/ Nous dirons maintenant un mot de la division de cette grande province avant que les Romains la cogneussent mais n’avons [paru] trouvé que la Gaule qui comprenoit ce grand [cercle] de terre qui est entre les Alpes, les Pirénées, le Rhin et les mers océane et méditerranée fusse apellée de divers noms généraux quoyqu’elle [apartint] à divers princes et républiques mais elle fut puis après apelée Transalpine par les Italiens à la différence de la Cisalpine qui est maintenant la Lombardie. Depuis les Romains apellèrent tout ce qui estoit au nord de Lion la Gaule chevelue et ce qui estoit vers le midy la Gaule Brachyata pour les brayes que le peuple i portoit. César y venant depuis la divisa plus commodément en quatre parties ce peut estre suivant la mesme division que ces peuples avoyent entr’eux qui estoit la Gaule narbonnaise ou Province romaine puis la Belgique, Celtique et Aquitanique. Auguste ne fit quasi que changer un peu de nom apellant la Narbonnaise Viennoise et Narbonnaise tout ensemble et la Celtique la [Lionnoise]. Quand à la Belgique elle garda tousjours son nom. Depuis Constantin le Grand divisant l’empire romain en Oriental et Occidental en fit [deux] provinces et establit aux Gaules un presfet pour commander aux diocèses prochains.

Ce sont icy les noms de subdivisions d’Auguste [...].

La division de Constantin est la suivante […].


[1] De – 49 à – 45, guerre civile entre Jules César et les Optimates conduits par Pompée.

[2] p. qui l.

[3] Lucius Domitius Ahenobarbus (vers 98 – vers 48 av. J. C.). Opposant à César, Domitius, après la capitulation de Marseille, se réfugia en Grèce auprès de Pompée.

[4] Auguste (63 av. J. C. – 14 ap. J. C.), premier empereur romain de 27 av. J. C. à 14 ap. J. C.

[5] Lucius Munatius Plancus (87 av. J. C. -  15 av. J. C.). En tant que gouverneur en Gaule, il fonda la colonie de Lyon en 43 av. J. C.

[6] Decimus Junius Brutus Albinus né vers 85/81 av. J. C., mort assassiné en  43 av. J. C..

[7] Ms : « Agriga ». Marcus Vipsianus Agrippa (vers 63 av. J. C.  - 12 av. J. c.), vers 39ou 38 av. J. C.

[8] Publius Licinius Crassus Dives  (vers 82 av. J. C. – 53 av. J. C.) fils de Marcus Licinius Crassus (vers 115 av. J. C. -  53 av. J. C.) qui écrasa la révolte de Spartacus.

[9] Arioviste chef germain (101 av. J. C. – 54 av. J. C.).

[10] Mélon, chef des Sicambres.

[11] Nero Claudius Drusus Germanicus (38 av. J. C. -  9 av. J. C.), en 12 av. J. C.

[12] Julius Florus (+ 21), prince gaulois chef des Trévires.

[13] Julius Sacrovir (+ 21), chef éduen, chef de la révolte gauloise, accompagné du précédent, vaincus près d’Autun où ils se suicident.

[14] Le peuple des Trévires, peuple celte du groupe belge.

[15]« Escantre » ?, n. m., vraisemblablement pour « escandre » , objet de scandale.

[16] Caius Julius Vindex (+ 68), légat de la Gaule lyonnaise, mena une fronde de quelques mois contre Néron.

[17] Lucius Virginius Rufus (14 ? – 97).

[18] Servius Suipicius Galba (3 av. J. C. – 69 ap. J. C.). Sixième empereur depuis Auguste, le premier de l’année des quatre empereurs (juin 68 – janvier 69).

[19] Ajouté dans la marge.

[20] Macicus Boïen fut battu par les soldats de Vitellius en 70 ap. J. C.

[21] Caius Julius Civilis appelé à tort Claudius Civilis (25 – 70)., chef batave qui provoque en 69 la révolte des Bataves.

[22] Julius Classicus, notable du peuple des Trévires  fit cause commune avec Civilis en 70.

[23] Julius Tutor général trévire rallié à Civilis.

[24] Pour les « Lingons » ?, peuple de l’est de la France, capitale Langres.

[25] Classicus se proclama empereur des Gaules.

[26] Vespasien (9 – 79), fondateur de la dynastie des Flaviens, empereur de 69 à 79.

[27] Cerialis ou Cerealis Petilius (v. 30 – v. 83), sénateur romain et chef de guerre.

[28] Commode (161 – 192), empereur de 180 à 192.

[29] Maternus (+ v. 187), soldat romain, devenu  déserteur puis bandit prit la tête d’une révolte armée, de 185 à 187.

[30] Maternus aurait été dénoncé par ses propres partisans lors d’une tentative d’assassinat de Commode à Rome en mars 187.

[31] Clodius Albinus (147 – 197), usurpateur romain, de janvier 196 à février 197.

[32] Le 31 décembre 192.

[33] Le 19 février 197.

[34] Septime Sévère (146 – 211), empereur de 193 à 211.

[35] Maximin Ier le Thrace (v. 173 – 238), empereur de 235 à 238. Son règne marque le début de la période dite de « l’Anarchie militaire ».

[36] Sévère Alexandre (208 – 235), empereur de 222 à 235), dernier empereur de la dynastie des Sévère.

[37] Estriver : combattre, résister.

[38] Valérien (c. 195 – ap. 260), empereur de 253 à 260, associé à son fils Gallien (v. 218 – 268), empereur de 253 à 268. IL meurt prisonnier des Perses.

[39] Salonin (v. 242 – 260), empereur de ≈258 à 260.

[40] Cassius Postumus, légat gaulois qui se fit proclamer empereur de 260 à 269.

[41] Auréolus, général romain qui usurpa quelques mois le titre impérial en 268.

[42] Lélien, usurpateur romain quelques mois de 268 à 269, sous le règne de Postume. L’Histoire Auguste affirme que Lélien fut tué par Victorin successeur de Postume.

[43] Victorin, officier militaire romain devenu empereur de Gaules de 269 à 271.

[44] A la suite et en interligne : « et Marius fut fait empereur… ». Marcus Aurelius Marius, usurpateur pendant quelques mois dans le nord de la Gaule en 268/269. Lignes difficiles à déchiffrer avec ratures et corrections.

[45] Victorine ou Victoria (Aurelia Victorina Pia Felix Augusta) impératrice romaine dans les Gaules morte en 268. Son existence n’est pas attestée de manière sûre.

[46] Tetricus Ier, empereur des Gaules, probablement de 271 à 274. Abdiquant face à Aurélien, il est le dernier souverain de l’Empire des Gaules.

[47] Aurélien (9 sept 214/215 – sept. 275), empereur romain de 270 à 275. Tetricus capitule devant lui sans résistance à Châlons-en-Champagne en 274. Il réunifie l’empire romain.

[48] Marcus Claudius Tacite (v. 200 – 276), empereur de 275 à 276.

[49] Probus (232 – 282), empereur de 276 à 282.

[50] Proculus (+ 281), usurpateur romain, se proclame empereur contre Probus en 281. Bonosus, usurpateur romain,  se proclame empereur, quelques mois v. 280/281.

[51] Au sens d’ « exactions ».

[52] Pomponius Elien, chef d’une rébellion de Bagaudes (bandes armées), avec l’aide d’Amandus, sous Dioclétien, vers 285.

[53] Dioclétien (244 – 311/312), empereur de 284 à 305. Il met fin à la crise du IIIe siècle.

[54] Maximien Hercule (v. 250 – 310), empereur romain adjoint, de 285 à 310.

[55] Pour « Chalbici » ?, peuple celte du Chablais en Savoie, appartenant à la confédération des Allobroges.

[56] Constance Ier Chlore (v. 250 – 306), empereur de 305 à 306. Constantin Ier (272 – 337), empereur de 310 à 337.

[57] Maximien Hercule tenta en 310 d’usurper le pouvoir et s’installa en Arles. Epargné d’abord, il fut peu après exécuté.

[58] En fait : Magnence (303 – 353), usurpateur romain de 350 à 353. Battu par Constance II à la bataille de Mons Seleucus (La Bâtie-Montsaléon, Hautes-Alpes), il se suicide à Lyon en 353.

[59] Constant (320 ou 323 – 350), fils de Constantin Ier. Auguste de 337 à 350. Assassiné par Magnence en 350.

[60] En fait : Constance II (317 – 361), fils de Constantin Ier, Auguste de 337 à 361.

[61] Julien, dit Julien l’Apostat (331 ou 332 – 363), César en Gaule de 355 à 361, puis empereur de 361 à 363.

[62] Constance II.

[63] Chrocus, roi des Vandales en 407/411 termine son expédition devant Arles où il est capturé.

[64] Constant, fils de Constantin III, usurpateur avec son père de 409 à 411.

[65] Flavius Honorius (384 – 423), co-empereur puis empereur d’Occident de 393 à 423.

[66] Théodose Ier, le Grand (347 – 395), empereur de 379 à 395.

[67] En fait : Sarus (+ 413), aristocrate wisigoth général de l’armée romaine au Ve s., régent de l’empereur d’Occident Honorius (395 – 423).

[68] Gerontius (+ 411), général romain d’origine bretonne, partisan de Constantin III.

[69] Constance III (+ 421), co-empereur d’Occident pendant quelques mois en 421.

 

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